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Quelque peu débordés la veille à Étang-sur-Arroux, les pro-douglas ont repris l'initiative vendredi soir 23 septembre lors de la quatrième et dernière réunion sur l'Avenir de la forêt morvandelle organisée par le Glacem dans le cadre du Conseil Associatif et Citoyen du Parc naturel régional du Morvan.
A Quarré-les-Tombes, dans le canton de Daniel Brizard, artisan scieur « amoureux » de cette essence à laquelle il a rallié nombre d'artisans locaux de seconde transformation, charpentiers, constructeurs de maisons bois ou menuisiers, et en présence de Jean-Philippe Bazot, directeur général de l'entreprise Bazot-Bongard et Fils (BBF) de Saint-Péreuse, 175 salariés dont 75 dans la filière bois et une activité à tous les stades de la production, de la gestion forestière en tant que propriétaire (1000 hectares) jusqu'à la seconde transformation (lamellé-collé) en passant par l'exploitation, le transport et le sciage, le douglas était bien « le roi du Morvan ».
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« Le douglas est une passion qu'on partage » indique d'emblée Jean-Philippe Bazot à la suite de Daniel Brizard. « C'est ce qui nous a permis de ressusciter les activités de l'entreprise, de créer un scierie [à La Machine] et de maintenir des emplois » explique-t-il avant de déplorer la mauvaise image parfois accolée à sa profession: « J'ai le sentiment qu'on est de très mauvais communiquants. Quelque part, je me dis: ce n'est pas pas possible, on est aussi mal vus que la filière chimie, j'ai le sentiment qu'on est pris pour des gens qui faisons du mal à la nature au point que je me demande si le douglas n'est pas comparé aux algues vertes ! Alors qu'il sera l'or vert de notre région et qu' il va permettre un développement économique qui n'aurait pas pu être imaginé il y a un demi siècle » plaide-t-il.
Mais dans cette réunion dont le thème directeur était « Des métiers du bois au tourisme: quels emplois liés à la forêt » l'assemblée d'une trentaine de personnes ne s'est guère attardée sur les questions environnementales de gestion sylvicole ou d'exploitation, ou, si elles furent évoquées par les débatteurs (les coupes rases) ce fut le plus souvent d'un strict point de vue économique concernant la disponibilité de la « ressource » au regard de l'évolution des usages du bois, des projets d'implatations industrielles et, incidemment, sur leur impact sur l'attractivité du territoire.
1300-1500 emplois dans la filière ?
Les statistiques concernant l'emploi lié au bois et à la forêt dans le Morvan sont quasi-inexistantes. Cédric Turé, du Centre d'information et de promotion des entrepreneurs de travaux forestiers (CIPREF) avance le chiffre de 500 emplois pour l'amont de la filière: « pas loin de 200 personnes pour la partie exploitation forestière et récolte, bûcherons, conducteurs d'engins auxquelles il faut ajouter tout le personnel des pépinières et le personnel d'encadrement ». Président de l'Association Artisans Bois Morvan, Daniel Brizard fait, de son côté, état de « 125 entreprises artisanales de première et deuxième transformation sur le territoire du Parc » sans préciser le nombre d'emplois. Si l'on ajoute les effectifs des scieries de Sougy, Corbigny, Autun et La Roche-en-Brenil, ceux de l'ONF, ceux liés à la formation et d'autres encore plus diffus, peut-être parvient-on à 1300-1500 emplois.
Gisement d'emplois dans la seconde transformation
Par contre, les chiffres indiquent le nombre d'emplois engendrés par la première transformation du bois (sciage) en fonction de la nature des entreprises: « un emploi créé pour 1.000 mètres cube dans l'artisanat, un emploi pour 2.000 mètres cube chez BBF, un emploi pour 3000 mètres cube chez Fruytier [en cours d'installation à La Roche en Brenil] et un emploi pour 3.500 mètres cube, selon les chiffres annoncés, chez Erscia [la scierie dont l'implantation est prévue à Sardy-les-Épiry] » explique Jean-Philippe Bazot.
Cette évolution du nombre d'emploi au mètre cube traité, conséquence de la modernisation continue des process, et les limites posées par la disponibilité de bois montre que, passées les installations en cours ou prévues des grosses unités dont la pérennité de toutes est d'ailleurs mise en doute par les professionnels, ce n'est pas dans la première transformation qu'il faut envisager le gisement d'emplois, mais dans la deuxième transformation. «Une unité qui prendrait le bois transformé par les scieries locales, c'est un emploi pour 40 mètres cubes assemblés » indique Jean-Philippe Bazot en dévoilant une des pistes actuellement étudiées par la profession pour valoriser le hêtre dans la construction bois: des murs massifs préfabriqués constitués de panneaux contrecollés croisés. « La principale utilisation du bois sera certainement dans la construction ajoute le patron de BBF: ossatures, murs massifs, bardages intérieurs et extérieurs, portes et fenêtres Les technologies actuelles permettent, par aboutage de reconstituer du bois massif à partir de petits bois de qualité secondaire ».
Un déficit de formation
« Je suis d'accord acquiesce Jean-Claude Rouard, auteur d'un rapport sur la question. Mais, ajoute-t-il, la deuxième transformation, c'est un problème d'ingénierie industrielle et de disponibilité de personnel qualifié. Il faut des gens qui possèdent non seulement une connaissance du bois mais capables de s'intégrer dans un système industriel. Je pense qu'on ne pourra pas éviter de faire appel à de la main d'œuvre étrangère venue des pays de l'Est et formée à ces métiers » ajoute-t-il.
Un IUT bois en Morvan
Une difficulté de recrutement à laquelle serait déjà confrontée l'entreprise Fruytier, selon Patrice Delavau du CETEF Bourgogne (Centre d'Etudes Techniques et d'Expérimentations Forestières). « Le Parc devrait insister davantage sur la formation et la recherche technologique. Il devrait intervenir auprès des autorités: par exemple un IUT bois en Morvan me semblerait extrêmement utile » estime l'un des participants, « rurbain », retraité universitaire installé « à mi-temps à Paris et à mi-temps à Dun-les-Places ».
Un front du refus du projet Erscia
Encore faudrait-t-il, pour développer de tels projets, que la ressource de la forêt morvandelle soit exploitée durablement. « Il y a effectivement une crainte pour la ressource si cette surcapacité se met en place » confirme Jean-Philippe Bazot, désignant ainsi le projet Erscia et en se déclarant « 100% d'accord avec Lucienne Haese » pour dénoncer une « catastrophe annoncée ». Écologique et... économique. Où l'on voit donc se constituer de fait, par des motivations diverses sinon opposées, un front du refus regroupant défenseurs de l'environnement, artisans et industriels, au projet du groupe belge IBV d'unité de sciage [500.000 m³/an], granulés [250.000 tonnes par an] et ... cogénération (production d'électricité dans une centrale alimentée au bois).
Les dangers du bois énergie
« Le danger n'est pas tellement dans le déboisement pour planter du douglas, mais dans l'appel au bois énergie dans les années à venir » explique ainsi l'industriel morvandiau qui, par ailleurs, ne « verrait aucun inconvénient à ce que la forêt du massif se compose de 2/3 de douglas et 1/3 de feuillus ». La demande de « bois énergie » explose, sous forme de bûches, de granulés, plaquettes, pour les particuliers, les chaufferies collectives ou les unités de cogénération, et surgit le risque que les industriels ne fassent pas seulement appel aux sous-produits de sciage, déchets, ou « mauvais bois » pour alimenter la chaudière, mais brûlent des grumes jusqu'alors destinées au sciage.
Le bois énergie vient déjà faire concurrence avec le bois de sciage. Et le phénomène touche aussi bien les résineux que les feuillus. « Jusqu'à 40- 45 cm, l'offre de prix pour les bois utilisés pour fabriquer des palettes, des traverses ou de petites charpentes courtes n'est plus concurrentielle avec celle du bois de chauffage » indique Paul-Henri Merle.
« Le risque existe en effet » confirme Jean-Claude Rouard avant d'expliquer le contexte général. « D'un point de vue environnemental, la cogénération, c'est excellent. Donc à partir du moment où l'on a choisi, au niveau gouvernemental, de développer cette forme de production d'énergie pour réduire la consommation de matières fossiles, c'est toute une mécanique qui se met en place. Pour faire de la cogénération, il faut une avoir une certaine capacité de production. C'est la raison pour laquelle on va vers de grosses unités qui n'ont pas simplement le sciage comme objectif. Par voie de conséquence, ça pèse sur la ressource et moi j'attends que les gens compétents nous disent où en est la ressource ».
Le prix du bois flambe
Cette ruée sur le bois fera au moins quelques heureux: les propriétaires dont les revenus vont exploser. Les investisseurs semblent l'avoir compris. « Dès qu'une parcelle importante se vend, c'est impossible de l'acheter, ce sont des caisses de retraites, mutuelles ou assurances qui achètent pour raser et planter des douglas » constate un habitant avant d'ajouter: « heureusement que la forêt est divisée en de nombreux petits propriétaires avec de petites parcelles. Sinon on serait déjà à ¾ de douglas »
Tourisme ou douglas ?
Encensé par les forestiers, le douglas est-il craint par les professionnels du tourisme?. « Ou du douglas ou du tourisme, c'est le type parfait du faux problème » répond Jean-Claude Rouard qui ajoute: « on ne peut pas avoir de tourisme si l'on a pas par ailleurs une économie qui fonctionne sur le territoire. Le bois est une ressource et il faut qu'on l'exploite. Il faut simplement pour l'avenir faire attention aux conditions dans lesquelles on va replanter, éviter la monoculture, les plantations en plants serrés qui tuent l'image du territoire ». « Le seul problème pour le tourisme de nature, ajoute Joseph Gadrey, c'est peut-être la densité de la forêt qui occupe tout l'espace et ferme les paysages. La grosse difficulté du tourisme, ce n'est pas la forêt, c'est le manque d'organisation des professionnels et le manque d'hébergement ».
Pour tenter un consensus entre sylviculteurs et professionnel du tourisme, Claude Lemmel, le secrétaire du Glacem qui a organisé la série de réunions avance deux propositions: faire en sorte que les coupes à blanc soient le plus discrètes possible et aller vers une futaie irrégulière.
Voir sa proposition:
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Voir les autres articles consacrés au sujet:
L'avenir de la forêt morvandelle: fortes paroles à Étang-sur-Arroux (reportage vidéo)
L'avenir de la forêt morvandelle: Vigilance face à l'intensification de la récolte forestière
L'avenir de la forêt morvandelle: premier débat réussi à Château-Chinon
Des comptes rendus complets seront publiés dans le numéro d'octobre du magazine du Glacem Vents du Morvan. |
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