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En pleine crise de l'élevage, le marché au cadran de Moulins-Engilbert bat des records (vidéo)
Écrit par GdM   
Mardi, 27 Octobre 2009 18:34

La salle dite "des exportations" au marché de la Sicafome à Moulins-Engilbert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est quatre heures et demie. Moulins-Engilbert s'éveille. Dominant le village, brillant dans la nuit, les lumières du foirail indiquent la route à suivre. Dans les rues, les gyrophares des tracteurs attelés de remorques d'où dépassent quelques têtes blanches animent de leurs éclats orangés les façades plongées dans l'obscurité. Les salles de marché ouvriront leurs portes dans une heure et demie.

Route de Chatillon, la plainte ininterrompue des centaines de bovins déjà rassemblés dans les parcs couvre l'incessant va et vient des bétaillères livrant les candidats à la vente croisant les impressionnants semi-remorques à deux étages immatriculés en Italie qui se peupleront tout au long de la journée.

 Voir quelques images du marché au cadran, depuis l'arrivée des "bêtes" jusqu'à leur départ en passant par la salle aux enchères (si le visionnage est saccadé, attendre le chargement complet avant de lancer):



Marcel arrive de Gueugnon, Christophe de l'Allier. Leurs « bêtes Â», douze pour l'un et sept pour l'autre, des broutards de dix mois, sont déjà sous l'autorité des cannes jaunes des bouviers qui les ont pris en charge dès l'ouverture de la remorque et leur ont attribué un numéro de lot. Il ne reste plus qu'à attendre. Et espérer: « seize quarante, seize cinquante comme la semaine dernière, ce serait bien» avance Marcel en souriant. « Seize quoi? Â». « Ben, seize francs cinquante le kilo Â». C'est vrai: ici, on parle toujours en francs (les " nouveaux "), même si les factures s'établissent en euros. Ainsi on garde ses repères.

Ici tout le monde se connaît, au moins de vue ou de réputation

Le marché au cadran est une vente aux enchères. Les lots, qui peuvent être constitués d'un seul animal ou de plusieurs, sont pesés puis poussés par les bouviers jusqu'au ring de la salle de vente où les acheteurs sont installés derrière de petits bureaux comme dans un amphithéâtre. Au poulailler, les éleveurs scrutent, discutent, commentent. Ici tout le monde se connaît, au moins de vue et de réputation.
Les acheteurs dans l'amphithéâtre, les éleveurs au poulailler

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l'entrée du lot, ses caractéristiques s'affichent sur un écran: numéro, département d'origine, références techniques, nombre de bêtes, poids moyen par bête, et mise à prix. Dans sa cabine de verre, Martial Tardivon, le chef des ventes, explicite l'affichage et précise le suivi des vaccinations. Puis lance la vente. Qui, souvent, part à la baisse avant de reprendre son chemin vers le haut.

Les enchères montent de dix euros en dix euros. Les acheteurs enchérissent discrètement en appuyant sur un bouton et à chaque enchère les nouveaux prix (en euros et en francs), du lot et au kilo, s'affichent sur le tableau lumineux tandis que le chef des ventes les scande au micro.
En quelques secondes les acheteurs évaluent chaque bête, s'épient, se concertent, font parfois une remarque grâce au micro qui les relie à la cabine de verre. Plus d'enchérisseur? Le chef de vente annonce le prix puis se tourne vers l'éleveur qui a pris place près de lui devant un écran: d'accord pour le prix? Vendu. Pas d'accord? Invendu. Ici l'éleveur garde le contrôle. Il arrive qu'un lot invendu soit finalement annoncé vendu quelques minutes plus tard: l'éleveur a changé d'avis. Pourquoi?

Repartir avec ses « bêtes Â» pour revenir une semaine plus tard sans être sûr de mieux les négocier ne reviendra-t-il pas plus cher que de lâcher les quelques dizaines de francs de plus espérés? Il arrive aussi, surtout en ces temps de crise, que l'on ait besoin d'argent frais pour sa trésorerie. C'est l'immense avantage du marché au cadran: le produit de la vente du mardi est viré dès le vendredi sur le compte de l'éleveur par la Sicafome ( Société d'Intérêt Collectif des Foires Organisées de Moulins-Engilbert).
Bernard Gauthier, le président de Sicafome, sait l'avantage que représente ce système. Éleveur lui même à Onlay, à quelques kilomètres de là, cet ancien dirigeant du CDJA (Centre départemental des Jeunes agriculteurs) se souvient de ses débuts quand le marché n'existait pas encore et qu'il fallait attendre les marchands. En 1983, il a fait partie du groupe de professionnels qui a porté ce projet quasiment révolutionnaire pour nos campagnes.

62000 bovins présentés à la vente en 2008, un record

Près de 1400 bovins sont arrivés et repartis du grand hall mardi 20 octobre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La foire traditionnelle de Moulins-Engilbert, l'une des plus anciennes de France, ne rassemblait plus qu'une trentaine d'animaux alors qu'elle en avait présenté jusqu'à 1500!

Le succès du marché au cadran a été immédiat, même si les chiffres n'étaient alors en rien comparables avec ceux d'aujourd'hui: dès la première année ce sont 250 bovins qui ont été proposés à la vente chaque semaine. La croissance n'a dès lors jamais cessé: 28000 animaux présentés en 1999, 32000 en 2001, 50000 en 2005, 54000 en 2007 pour arriver au record de 2008: 62000 bovins. Plus de 1200 en moyenne chaque mardi. 52 millions d'euros de transaction.

Le système convient à tout le monde. Les éleveurs assurés de commercialiser leur production (même si ce n'est pas toujours aux prix escomptés) et la garantie d'être payés, rapidement. Les acheteurs, certains de trouver du bétail en nombre et de qualité peuvent ainsi affréter les immenses camions qui leur permettront d'abaisser leur coût unitaire de transport.

Une garantie pour les éleveurs

La Sicafome s'occupe de tout depuis l'accueil des animaux jusqu'au départ dans les camions. Elle facture et paie, contrôle les documents, emploie son propre vétérinaire sur les lieux en cas de demande d'expertise et est même agréée pour délivrer les certificats d'expédition pour l'étranger.

Évidemment le service a un coût. Et un prix pour ses utilisateurs. Le vendeur acquitte une somme de 1,25% du montant ses transactions à la Sicafome et l'acheteur 0,75% (il doit en outre déposer une caution). Pour faire fonctionner ce haut lieu du commerce bovin français (c'est le premier marché de France pour les broutards), la Sicafome emploie huit salariés à temps plein et trente-et-un les jours de marché.

La sonde salle, ouverte en octobre 2008, est "réservée" à tous les animaux autres que broutardsPour faire face au développement de l'activité, la Sicafome a ouvert une seconde salle de vente en octobre 2008 et a spécialisé ses lieux: la salle historique dite de " l'exportation " en référence à la nationalité des principaux acheteurs, italiens, allemands ou encore espagnols est dédiée aux broutards, jeunes bovins de l'année qui iront engraisser sur des terres plus généreuses que les sols morvandiaux. La seconde voit défiler tous les autres dont les « vielles Â» vaches de 30 mois dont certaines pèsent près d'une tonne.

Seuls les broutards se vendent bien

Seuls les broutards se vendent bienMardi 20 octobre, 90% des1387 bovins, dont 792 broutards, présentés à Moulins ont trouvé acquéreur. Marcel et Christophe ont « bien Â» vendu les leurs: aux environs de 16 francs le kilo (2,40 - 2,50€) en moyenne. « Le marché des broutards de qualité se tient bien Â» constate Bernard Gauthier qui précise: « par contre pour les génisses de 18 mois et les vaches, ça va mal. Une vache qui se vendait 8000 - 8500 (francs) l'an dernier se vend 7500 cette année. Seules les vaches lourdes de qualité tirent encore leur épingle du jeu. Â» Le marché des broutardes est également touché: dans un marché où l'offre dépasse la demande, elles auraient perdu 40 centimes d'euros au kilo en trois ans et trouvent moins facilement des acheteurs.

Le marché au cadran des bovins se tient tous les mardis à Moulins-Engilbert , de 6h à tard dans la soirée. Tout le monde peut y assister et le détour par la route de Chatillon est inscrit au programme de nombreux organisateurs de voyage. Ceux qui préfèrent les moutons doivent choisir le lundi. Mais seulement tous les quinze jours: l'effondrement du nombre d'animaux présentés (près de 40% de baisse en quelques années) a contraint les dirigeants de la Sicafome à cette adaptation.

Pour plus d'informations techniques, sur les cours notamment, accéder au site de la Sicafome: cliquer ici

 

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