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Insertion: la face méconnue du "Centre de la 2e chance" d'Étang-sur-Arroux
Écrit par GdM   
Dimanche, 30 Mai 2010 19:21

Séverine Gilot, directrice des formations au Centre de la 2e Chance du Velet à Étang-sur-Arroux« Dialogue, écoute, confiance, épanouissement personnel, affirmation de soi ... »: non, nous ne sommes pas dans un de ces stages new age qui fleurissent un peu partout.
Coupe au carré, col serré par une cravate stricte, pantalon gris, chemise et bazer bleus, celle qui professe ces théories renvoie plutôt l'image d'une autorité que l'on ne conteste pas. D'ailleurs, ici, tout le monde l'appelle (réglementairement) Madame.

Séverine Gilot est directrice des formations au Centre du Velet (à Étang-sur-Arroux) de l'Etablissement Public d'Insertion de la Défense (EPIDE), communément appelé « Centre de la 2e chance ». Mélange étonnant de rigueur à l'ancienne et de méthodes pédagogiques innovantes développé depuis cinq ans au sein d'une Institution militaire que l'on ne soupçonnait pas d'autant de sollicitude envers l'individu.

Encore souvent confondus avec des "centres de redressement"

Cours de Français avec Mme Martine Quincey dans la salle de documentation: chaque volontaire est suivi individuellementD'ailleurs qui connaît réellement l'Epide? Ses vingt centres en métropole sont encrore souvent confondus avec des Centres éducatifs fermés où l'Armée mettrait en œuvre des métodes musclées pour " redresser " de jeunes délinquants. Au delà même de cette confusion, dans le débat qui oppose " pédagogie  et pédagogisme ", " anciens et modernes ", les Centres de la 2e chance ont le plus souvent retenu l'attention pour les particularismes issus de leur origine: vie en communauté, uniforme, marche au pas, salut des couleurs, chant de la Marseillaise, travaux d'inrérêt général, vouvoiement obligatoire, etc...

Pourtant, à l'abri des murs se joue une partition différente de celle entendue à l'extérieur. Avec un seul objectif: l'insertion professionnelle; une difficulté: tous ces jeunes en situation d'échec scolaire et professionnel, quelquefois en voie de marginalisation (mais jamais délinquants), ont perdu confiance et estime en soi; et un principe couché sur contrat: le volontariat. « L'objectif est d'amener chaque volontaire à déterminer, construire et s'approprier son projet professionnel, qu'ils apprennent à voler de leurs propres ailes » explique Madame Gilot.

Un contrat de volontariat et une allocation mensuelle de 300 €

"Encadrants" et Volontaires portent le même uniformeAgés de 18 à 25, ces jeunes majeurs signent en effet un contrat civil de huit mois ( renouvelable dans la limite de 24 mois maximum) prouvant leur motivation et leur implication aux termes duquel ils s'engagent à respecter le règlement interne du centre, tout mettre en œuvre pour la réalisation de leur projet et touchent une allocation mensuelle de 300 € dont une partie est bloquée sur un compte pour faciliter leur insertion à la sortie.
« Cette dimension volontaire est fondamentale à la réussite du parcours indique un cadre d'Étang-sur-Arroux. Les jeunes qui arrêtent en cours de route sont généralement ceux qui avaient été poussés par leur famille ou un éducateur mais qui n'étaient pas véritablement motivés ». « 20% n'arrivent pas au terme de leur contrat » confirme François Fraye, le directeur du centre. La plupart de ceux-ci repartent dès les premières semaines, parfois même au terme de la première journée après s'être rendus compte que cette vie ne leur convenait pas.

En contrepartie, le centre met des moyens importants au service des volontaires, une étude de 2007 estimant le coût moyen à 33 760 euros par an et par volontaire en France. A Étang-sur-Arroux, vingt six " encadrants ", professeurs, formateurs, infirmière, éducateurs et surveillants sont " au service " d'une soixantaine de jeunes en moyenne recrutés en majorité en Bourgogne suite à une information dispensée lors des JAPD (Journée d'appel de préparation à la défense) ou par les Missions locales.

Du CFG au permis de conduire en passant par l'informatique

Après une période pendant laquelle chaque " classe " (les " incorporations " ont lieu en octobre, décembre, février, avril et juin comme dans l'ancien service militaire) suit en commun un " programme de formation comportementale " ( horaires, politesse, prestance, assurance, vie en collectivité, symboles et institutions de la République), chaque parcours est individualisé pour conduire chacun vers la réalisation de son projet.

A Velet les volontaires préparent le CFG (certificat de formation générale, premier diplôme de l’éducation nationale - 22 reçus sur 23 en 2009), le PSC 1 (secourisme – 100 % de réussite), le PCIE (Passeport de Compétences Informatique Européen – 100 % de réussite), le BSR (Brevet Sécurité routière), le code de la route (16 réussites pour 34 passages) et pour certains, le permis de conduire (9 inscrits, 4 réussites, 3 échecs et 2 en cours). Les partenariats passés les entreprises et collectivités locales ouvrent la porte de premières expériences professionnelles. Un " stage de cohésion ", souvent en haute montagne, vient raffermir les volontés au terme du 4e mois.

Une adaptation difficile... pour les cadres aussi

Le directeur François Fraye et son équipe ont présenté le Centre de Velet aux autorités civiles locales vendredi 28 mai: le préfet de Saône-et-Loire Thierry Lataste, la sous préfète d'Autun Claude Dulamon, le député de Saône-et-Loire Jean-Paul Anciaux et le maire d'Étang-sur-Arroux vice président du Conseil général Robert JacquemardLes méthodes pédagogiques ont évolué au fil du temps. Inspirés du Service Militaire Adapté (SMA) en cours dans les départements d'Outre Mer et lancés dans une certaine précipitation par la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie à l'été 2005, les Centres de la 2e Chance ont du tout inventer.  « Nous avons innové en marchant » commente François Fraye. Après cinq ans de fonctionnement les méthodes pédagogiques adaptées ont été validées et sont désormais enseignées aux "encadrants ".

" Respect, dialogue, écoute, confiance ": si elle vaut pour les volontaires, la règle s'applique également au personnel. Les anciens militaires qui formaient 80% de l'équipe à l'ouverture (la proportion est tombée à 50 %) formés à donner ou recevoir des ordres exécutés sans discussion ont connu une « reconversion » parfois difficile. Chargés de l'accompagnement social, professionnel et familial, les référents et tuteurs se rendent disponibles à chaque instant. « Il m'arrive d'être plus fatigué le soir que je ne l'étais après un crapahut de 50 km commente l'un d'eux qui ajoute: et si on m'appelle la nuit parce qu'un volontaire a besoin, je reviens immédiatement ».

Les collectivités locales fortement impliquées

Lancé par Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense: les photos souvenir de sa venue par l'inauguration ornent les murs du CentreDeuxième centre de la 2e chance ouvert en France en novembre 2005, l'Epide de Velet a bénéficié de l'appui immédiat des collectivités locales. « Il a fallu se décider vite, se rappelle le maire d'Étang-sur-Arroux Robert Jacquemard. J'étais en vacances à la mer au mois d'août.quand j'ai reçu un coup de fil de Michèle Alliot-Marie [à l'époque ministre de la Défense] qui venait de lancer le projet et cherchait des sites. Il y avait des locaux disponibles au Lycée forestier. François Patriat [président du Conseil régional] a réagi immédiatement. Le Conseil régional a mis les bâtiments à disposition [un ensemble entièrement neuf destiné à l'origine au CFPPA puis un bâtiment réhabilité pour accueillir l'internat] pour l'ouverture en novembre ». Des conventions ont été passées avec le Conseil régional et le Lycée forestier et la commune qui met à disposition ses installations sportives.

Taux d'insertion en forte baisse cette année

Pourtant, malgré les moyens mis en œuvre par les trois ministères de tutelle (Ville, Défense et Travail), les collectivités locales et l'engagement du personnel, l'insertion reste difficile. Multi filières contrairement à d'autres qui se sont spécialisés, le Centre d'Étang qui avait connu depuis son ouverture des taux d'insertion (signature d'un contrat de travail) supérieurs à 60% a chuté à 49 % cette année. Une conséquence immédiate de la dégradation économique et du rétrécissement du marché de l'emploi. « Mais nous analysons aussi le travail que nous effectuons » ajoute François Fraye qui sait les résultats de chaque centre scrutés avec attention par la direction nationale.

Accéder au site du Centre de la 2e chance de Velet: cliquer ici

Voir le dépliant de présentation du Centre de Velet: cliquer ici

 

 

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