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Benoit Kubiak: quel espoir pour l'écologie en Roumanie ?
Écrit par GdM   
Mercredi, 15 Avril 2009 23:01

Benoît Kubiak est arrivé à PliestiDans son avancée vers l'Asie, Benoît Kubiak traverse l'ancienne Europe de l'Est. Après la Hongrie, il est entré en Roumanie et c'est de Ploiesti qu'il a adressé aux membres de son groupe son dernier reportage. Ploiesti, une ville de 250 000 habitants à 50 km au nord de Bucarest.
Benoit explique que la ville est encerclée par les puits de pétrole et les raffineries et pose la question : quelle est la place de l'écologie dans cette ville qui se relève tout juste de la période communiste ?

« Certaines zones industrielles sont maintenant abandonnées, laissant des friches parcourus par les tziganes à la recherchent de métal à revendre. Les raffineries en fonctionnement ont obtenus une dérogation jusqu'en 2012 pour se mettre aux normes européennes. Résultat : un air irrespirable un jour sur deux lors de mon séjour. Une odeur de souffre et une poussière noire envahie la ville jusqu'à l'intérieur des appartements.

« L'or noir pollue également le sol. La zone Sud de la ville repose sur une couche de pétrole enfouis à 1m de profondeur. Une partie provient des bombardements américains de 1943 qui visaient les raffineries, une autre part provient des stocks déversés par les allemands pour éviter qu'il ne tombe aux mains de l'armé alliés qui progressait.

 

Un passage difficile vers la société de consommation

« Même si la Roumanie reste un pays pauvre par rapport à l'Europe de l'Ouest, les salaires sont en hausse. Mon hôte français travaille depuis 5 ans dans le pays, le salaire moyen étaient de 150 euros par mois et atteignent actuellement les 350-400 Euros. Débarrassé de la dictature de Ceausescu et du collectivisme, les roumains sont passé dans un individualisme tape à l'œil. En quelques années, les vielles Dacia font places aux voitures étrangères les plus grosses possible pour lesquelles les familles s'endettent sur des dizaines d'années.

« La consommation se traduit aussi par la fréquentation des supérettes et grandes surfaces. Si les produits alimentaires traditionnels en provenance de la famille restée à la campagne sont encore bien présents lors des repas, les emballages et suremballages en plastique ont envahis la ville, preuves évidentes d'une modification des habitudes.

Certaines zones industrielles sont maintenant abandonnées« Les déchets sont collectés par une entreprise française en délégation de service public. Le service fait ce qu'il peut face à l'indiscipline des habitants qui n'hésitent pas à jeter leurs déchets un peu n'importe où.
« Mon immeuble a été construit à l'époque communiste pour héberger les membres de la Securitate, la terrible police politique, et bon nombre de policiers de la zone, et leur famille. Il est prévu pour environs 600 habitants. Une ouverture par étage permet aux habitants de se débarrasser de leurs ordures qui atterrissent dans un local sans poubelle dont la porte reste ouverte. Les tziganes viennent effectuer leur activité traditionnelle de récupération des matériaux recyclables (métaux et bouteilles en PET), et aussi les restes de nourritures qui peuvent nourrir leurs cochons.
On constate hélas que des personnes très pauvres et même sans domicile viennent régulièrement y trouver de quoi se nourrir ou de quoi revendre. Enfin, les chiens viennent fouiller les restes à la recherche de nourriture.

« Les chiens sont très présents en Roumanie. En voici l'une des explications. Les 2/3 de la population de Ploiesti vivent dans un immeuble. A l'époque de leur construction, les familles devaient quitter leur village pour s'entasser parfois à deux familles dans un petit appartement, en attendant la construction des autres immeubles. Les chiens de ferme se sont retrouvés à la rue et ont formés des meutes. Heureusement, elles sont peu agressives. Des campagnes de castrations sont en cours pour limiter leur nombre en croissance exponentielle.

Tout n'est pas noir pour autant !

« Les initiatives pour préserver l'environnement existent même si elles sont difficiles à mettre en place. Dernièrement, l'événement mondial « Earth Hour » organisé par l'association de protection de l'environnement WWF a été suivi. Le samedi 28 mars, les lumières des principaux monuments publics de Bucarest ou de Ploiesti ont été éteintes par solidarité dans la lutte contre le changement climatique. L'évènement censé durer une heure a été réduit à 15 minutes à Ploiesti car un match de l'équipe nationale de foot était retransmis à la télévision.

« La municipalité participe au programme européen CIVITAS avec la ville française de La Rochelle et la ville de Preston en Grande-Bretagne. Le but est de développer des modes de déplacements moins polluants. Les actions sont nombreuse : remplacement des vieux bus par des bus GPL ou des trolleys fonctionnant à l'électricité, établissement d'un plan de circulation pour la ville, construction de zones piétonne pour le centre-ville, création d'un réseau de pistes cyclables sur les axes principaux, campagne de sensibilisation... Face à la mairie, un panneau électronique indique le résultat des mesures de qualité de l'air.

« La création d'une association est un processus difficile et le trésorier doit être un expert comptable. Il n'y a pas de loi 1901 comme en France qui a permis cette multitude d'association chez nous.

J'ai rencontré Sabina et Lucian, les vice-présidents de la jeune association ZAPODIA« J'ai rencontré Sabina et Lucian, les vice-présidents de la jeune association ZAPODIA. Ils développent la sensibilisation auprès des jeunes et moins jeunes pour préserver le cadre de vie. L'histoire débute il y a trois ans au lycée, où une bande de copains décident qu'il n'est pas possible de rester les bras croisés face à toutes ces pollutions, et qu'ils ne doivent pas attendre que la municipalité ou le gouvernement agissent. Les premières actions se répandent d'un lycée aux autres puis aux collèges. Le groupe grandis à une vingtaine de membres actifs et sors des murs des établissements scolaires.

« La première action du groupe sera de nettoyer les abords de l'hôpital départemental. Situé à la limite de la ville, le terrain vague qui jouxte le bâtiment accueille toutes sortes de déchets : plastique, textile, métal, gravats... Des semaines d'actions sont également organisées, par exemple à Brasov, une station de ski réputé. Des messages incitant à ne pas jeter les déchets dans la nature sont placardés le long des pistes.

« Peu à peu, des partenariats se créent. Des séances de deux cours d'éducation à l'environnement ont eu lieu l'an dernier et un concours a organisé entre les écoles de Ploiesti. C'était une première pour les enfants qui pouvaient de plus réagir sur un blog créé pour l'occasion. ZAPODIA a également fait un sondage dans la rue pour demander à leur concitoyen ce qu'ils connaissent des actions de leur mairie dans les domaines de l'eau et des déchets par exemple.

Une société devenu méfiante envers les campagnes de sensibilisation

« Le frein principal reste l'héritage communiste. La dictature réclamait un quotta de verre et de papier à rapporter pour chaque habitant. Le mot recyclage n'existait par, il s'agissait de réutiliser les ressources disponible dans un pays fonctionnant en partie en autarcie. Les ressources étaient utilisées pour des projets pharaoniques, comme le creusement d'un canal reliant le Danube à la mer noire.

« La population était rationnée pour les produits alimentaires comme le pain, le sucre, l'huile, la viande etc... Le gouvernement menait des campagnes incitant à économiser l'eau ou le gaz, des ressources disponibles seulement quelques heures par jours. Cette époque pas si lointaine a laissé des traces dans la mentalité roumaines. Les campagnes actuelles de protection de l'environnement ont un but différent, mais le message reste à peu près le même et il est difficile de le faire passer.

« On retrouve finalement la problématique du développement. Notre société occidentale est un miroir aux alouettes, la prospérité de l'Ouest est déversée à l'Est par les médias. Notre modèle polluant de société de consommation tend à être répliqué, avec les mêmes erreurs. Espérons que les roumains se réveilleront plus tôt que nous et qu'ils arriveront à développer leur bien être sans l'accompagner du pillage et de la destruction des ressources naturelles qui les environnent.

Benoît KUBIAK, Avenir climat, avril 2009
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , http://avenirclimat.info

Toutes photos de Benoît Kubiak à Ploiesti: cliquer ici

Lire sur le même sujet: Le voyage de Benoit Kubiak

 

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