Lundi, 18 Février 2019
Léon Gambetta à Château-Chinon
Écrit par Alain   
Dimanche, 10 Mai 2009 23:11

Dans l'ouvrage « La France du 14 Octobre 1877 au 14 Décembre 1877 », publié en 1879, il est fait référence à la venue de Gambetta dans le Morvan pour soutenir les candidats républicains. A Château-Chinon, le 26 octobre, il prononça un discours marquant selon l'auteur. En voici un extrait.
Portrait de Léon GambettaM. Gambetta se chargea de faire l'histoire des cinq mois écoulés et de flétrir l'impudence du ministère de Broglie.
Dans un discours prononcé à Château-Chinon, il développa en traits saisissants la triste époque que la France venait de traverser. Jamais la vérité historique ne fut aussi brillamment démontrée, jamais la raison ne parla mieux le langage éloquent de la loyauté et de l'indignation.

 L'histoire du Coup d'Etat du 16 Mai est entière dans le discours du membre du gouvernement du 4 Septembre. Les déductions logiques et exactes éclairent d'une trop vive lumière cette époque pendant laquelle il y avait un certain courage à lutter, pour que nous ne reproduisions pas les passages saillants du discours de cet homme d'Etat :

« Mes chers concitoyens,»
Enfin, nous voilà réunis comme il me plaisait qu'eût lieu cette réunion d'hommes venus de tous les points de la circonscription, ayant quitté leur travail quotidien pour obéir au sentiment du devoir qui les anime, pour venir ici, à la veille du scrutin complémentaire du 28 octobre, formuler une volonté libre d'entraves et désormais en pleine possession d'elle-même...
» Vous êtes, je l'ai dit, des hommes de labeur, des hommes des champs, des paysans investis de ce droit légitime - si longtemps contesté par les prétendues classes dirigeantes - de ce droit souverain de venir, à une heure choisie, déposer, dans une urne qui devrait être débarrassée de toutes les pressions et de tous les obstacles, l'expression de votre conscience
politique.

» Eh bien ! il est malheureusement trop vrai que non seulement ici, mais dans presque tous les départements de la France, on a exercé, sur le suffrage universel, la pression, l'intimidation, la menace, la fausse nouvelle, la contrainte ; on a semé la peur, on a répandu la terreur. On a eu recours en trois jours à plus de violence et d'arbitraire que l'empire - l'empire exécré lui-même - ne nous en avait fait connaître en vingt ans.
» Après cette dissolution de la Chambre, qu'a-t-on fait ? On a mis aux affaires la minorité, une minorité que j'appellerai bigarrée, car il y avait de tout dans cette minorité, excepté des républicains. Et, à l'image de ce gouvernement de minorité, on a fait une administration de minorité aussi. On a choisi tous les agents que pouvaient bien recéler les rangs de tous les anciens partis, et on leur a donné les places, les postes qu'occupaient avant eux des républicains très modérés, installés aux affaires par l'illustre M. Thiers. Et vous croyez qu'on leur a donné le mandat d'administrer, de gérer les affaires ? Point du tout. A tous on a donné le mandat de faire de la politique électorale.

» Et alors, on a vu la France entière livrée à l'ardeur de la lutte électorale, et menée par un gouvernement qui présentait, comme candidats officiels, les représentants de tous les partis ligués contre elle, et le clergé excitant, échauffant les passions et les colères de tous ces partis coalisés.

» Oui, si on avait laissé faire des élections comme on les fait non pas seulement dans la libre Amérique, non pas seulement à nos portes, comme en Suisse ou en Belgique, où le suffrage est restreint, mais comme dans la monarchique Angleterre, ou comme en Italie, il est certain que ce n'est pas 400 voix que nous aurions eues dans la Chambre, mais c'est 450 ; c'est la
quasi-unanimité. Car lorsqu'on réfléchit à ce que l'on a fait : fausses nouvelles, destitutions, vexations, tracasseries, suppression de journaux sur la voie publique ; quand on songe au nombre de cabarets fermés, ces cabarets, lieux de réunion naturelle des populations travailleuses des villes et des campagnes ; quand on pense au nombre de petits agents qui ont été destitués jusque dans les plus petits hameaux ; quand on pense à ce qu'il a été proféré de menaces à l'adresse des individus qui se permettaient d'avoir une libre allure. - Oui, quand on pense à tout cela, on comprend ce qu'auraient été des élections faites sans entraves, sans obstacles, sans pression...

» Il y a même, dans la lutte actuelle, un autre sujet d'étonnement profond. On se demande comment il se peut faire que des représentants d'anciens partis monarchiques, que des gens de probité et d'honneur qui ont lutté, à leur heure, contre les tentatives oppressives du césarisme, en soient venus par passion, par haine, par rancune, à mettre leur main dans la main d'hommes de l'empire, et quelquefois à cacher leur drapeau derrière le drapeau de l'empire. Non ! non ! il faut réagir contre ces entraînements sans profit et qui ne peuvent pas être honorables. Aussi je pense qu'à mesure que le gouvernement républicain s'asseoira, s'installera, s'affermira par les bienfaits mêmes qu'il peut et doit procurer à la démocratie, sans porter atteinte à ce qu'il y a de
légitime dans l'influence et dans la tradition véritablement nationale, je pense que tout le monde pourra prendre, au soleil de la République, la place de bons serviteurs de la patrie ; je crois que, lorsqu'on a des espérances irréalisables, on ferait mieux de les garder, si on le veut, au fond du coeur, mais de se conduire toujours en conformité avec la vérité politique et avec la réalité des choses.

» En vous remplissant la tête de vaines terreurs, de calomnies, de diffamations contre la République et contre les républicains, déjà, en 1848 ou 1849, ils étaient parvenus à produire ce phénomène monstrueux d'un peuple qui, par ses intérêts, ses nécessités, par ses traditions, comme par ses aspirations, est et doit rester une démocratie, tournait le dos à son histoire et devenait l'ennemi de la seule forme de gouvernement qui pouvait lui assurer cette satisfaction de l'éducation pour tous, de l'égalité politique, du progrès matériel et moral que l'on peut accomplir dans la commune, dans le canton, pour l'émancipation du plus humble, pour donner à chacun ce moyen qui est le premier des capitaux et qui détermine véritablement dans la vie le malheur ou l'aisance - ce moyen dû à tous, l'instruction. Or, s'imaginer qu'on peut avoir l'éducation, qu'on peut obtenir la liberté communale ou départementale, la liberté politique, le droit de gérer ses propres affaires conformément aux intérêts de la communauté, dans
un gouvernement autre que le gouvernement républicain, c'est là un contre-sens, c'est véritablement se donner à soi-même un démenti formel...

» On dit que nous avons inventé le spectre clérical. Je voudrais bien que ce ne fût qu'un fantôme. Malheureusement tout atteste sa présence, sa puissance et son activité. Ne l'avez-vous pas vu dans les élections ? Ne l'avez-vous pas vu dans les églises transformer les chaires en tribunes politiques? Ne connaissez-vous pas les paroles prononcées par un orateur qui n'est pas un orateur sacré, mais un orateur électoral ?

» Je n'ai jamais attaqué la religion ni ses ministres quand ils se sont renfermés dans leur domaine religieux, moral et sentimental, mais j'ai combattu et je combattrai les hommes qui, à l'aide du trouble et de la confusion, veulent faire un instrument de domination et de règne de ce qui ne devrait être qu'un moyen de consolation et d'assistance.

» Vous connaissez maintenant la nature de vos droits et l'étendue de vos devoirs. Vous avez en main l'instrument libérateur, eh bien ! répandez-vous dans les campagnes, et dites partout qu'il n'est pas possible d'imprimer plus longtemps, au front de la circonscription de Château-Chinon, cette tâche qui consisterait à en faire le réduit et comme le repaire des
derniers bonapartistes de la Nièvre.

» Et maintenant, quoi qu'il arrive, ayez confiance. La majorité qui va retourner sur les bancs de Versailles reprend possession de ses sièges ; on lui a plus tôt rendu son mandat qu'on ne lui en a décerné un nouveau; elle rentre avec le sentiment de l'injure qu'elle a reçue, mais que le pays a suffisamment réparée; elle rentre avec le sentiment de devoirs à remplir, mais elle est résolue à son devoir, tout son devoir.

» Je n'ai pas à faire connaître ici ses résolutions, mais ayez confiance ; elle saura, sans sortir de la légalité, mais en y maintenant énergiquement tout le monde, faire prévaloir la seule autorité qui, dans ce pays, ait le droit de s'imposer aux plus hauts comme aux plus humbles, à ceux qui reconnaissent comme à ceux qui nient, la souveraineté nationale, l'autorité de la France. »

Ce discours eut un grand retentissement et fit une profonde impression dans le pays, qui, dans de nouveaux efforts, allait trouver une nouvelle énergie pour vaincre les résistances opposées à sa volonté.
Nul ne se dissimulait que si le coup de force du 16 Mai avait triomphé au 14 Octobre, ce n'était pas un ministère de combat qui aurait gouverné la France, mais un ministère de déportations et de fusillades. Vaincu, le ministère aurait dû tomber, le lendemain de sa défaite, sous l'indignation publique; mais il voulait essayer d'une dernière violence ou placer, entre lui et les représailles, des personnalités qui amortiraient les coups.

 

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