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Le Morvan vu par un Parisien en 1841
Dimanche, 12 Avril 2009 09:49
 Dans un livre paru en 1841 et largement diffusé, Les Français peints par eux-mêmes, j’ai trouvé cette description du Bourguignon et du Morvandiau par un certain A. Fertiaut. A lire ce texte, je pense que l’on trouve l’origine du mépris dont ont longtemps fait preuve les Parisiens à l’encontre des provinciaux.

 

« Ainsi, parcourez chacun des anciens comtés de cette province, dont les noms survivent encore; traversez le Chalonnais, l'Autunois, le Mâconnais, le Charollais, le Dijonnais, l'Auxerrois, le Senonais, etc., etc.; à tous vous trouverez un aspect différent, et souvent une teinte, une couleur d'une opposition frappante et tout à fait tranchée. Par ici, de la finesse et un commencement de civilisation par là, de l'idiotisme, de la sauvagerie ou de la grossièreté; d'un autre côté, ce sera de lit bonhomie un peu niaise; plus loin, de la ruse, de l'obstination on de l’entêtement : mettez seulement quelques lieues entre deux villages; dans l'un vous trouverez de la gentillesse, de la fraîcheur, du goût dans la mise, etc., tandis que dans l'autre vous ne rencontrerez que la rugosité physique et morale. Une partie du Morvan, par exemple, l'un des pays contigus à la Bresse, froid, bas, et encaissé dans des monticules, est bien le pays le moins avancé de notre province ; le patois y est le plus inintelligible, le costume le plus grossier. c'est les Landes au milieu de la France. Dans plusieurs villages de cette contrée, les habitants n'ont pas même entre eux de noms propres pour se désigner ; ils ne se connaissent et ne s'appellent que par les sobriquets qu'ils se donnent.

Une seule chose se maintient et progresse dans ce trou : le goût de la chicane. Le Morvandeau est processif à l'excès; il est le Normand de la Bourgogne. Cependant si le Morvan (morvinus pagus) n'est pas remarquable par l'état avancé de sa civilisation, il n'est pas impossible, malgré sa physionomie noire et un peu inculte, d'y trouver par-ci par-là des aspects ou des choses pittoresques. Des montagnes entièrement boisées, des cantons couverts des plus hauts seigles, un sol tantôt d'argile et tantôt de sable, des paysans fort peu dégourdis, il est vrai, mais dont quelques coutumes sont remarquables ou bizarres, c'en est assez pour fixer l'attention et faire voir que la Bourgogne, dans son coin le plus triste et le plus pauvre,
se ressent encore de la richesse de la plupart de ses autres villages. A chaque place qu'ils pourront respectivement occuper dans cet article, nous nous plairons à donner quelques-uns de ces détails, dont nous devons la connaissance à l'obligeante communication de M. A. Duvivier. Mais, quelque degré d'intérêt que nous puissions jeter sur le Morvandeau, il nous sera difficile de lui faire obtenir la préférence sur les habitants de certains autres endroits.

Je ne sais guère que les Chizerots sur lesquels les habitants du Morvan pourraient l'emporter. Uchizi, ou mieux le Chizy, est une commune du département de Saône-et-Loire, près Tournus. Ses habitants descendent, selon les uns, d'une peuplade de Sarrasins qui se seraient établis dans ce pays après leur défaite par Charles Martel selon les autres, d'une colonie d'Illyriens et de Pannoniens, qui, venus dans les Gaules à la suite des armées de Septime-Sévère, se fixèrent dans cette contrée après l'issue de la première bataille que cet empereur livra, l'an 494 de J.-C., à Albin, son compétiteur au trône, événement qui, d'après M. Monnier, se serait passé dans les plaines voisines de Tournus. Quoi qu'il en soit, les Chizerots pouvaient, il y a cinquante ans, et peuvent même encore aujourd'hui être considérés comme un peuple à part. S'étant eux-mêmes imposé pour frontières les bornes de leur village, leurs moeurs, leurs usages, leur ancien costume ont, pendant de très longues années, conservé leur caractère primordial. Ils ne communiquent presque pas avec les populations qui les avoisinent. Aucune alliance étrangère n'est soufferte dans leur famille, aucun établissement nouveau n'est toléré dans leur commune. Une querelle qu'ils eurent avec les habitants du village d'Arbigny les tint divisés pendant près de quatre cents ans !... Vous voyez qu'ils ont du chemin à faire s'ils veulent, pour arriver au progrès, sortir de leur vie isolée et sauvage. »

 

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