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| Le Morvan, forteresse de la France? |
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| Écrit par Alain |
| Samedi, 11 Avril 2009 21:53 |
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Après la guerre de 1870, les stratèges militaires réfléchissaient sur les moyens à mettre en œuvre pour la défense de la France en cas de nouvelle guerre. Dans son livre paru en 1874, Étude sur la défense du territoire de la France par les moyens matériels et les forces armées, le colonel Edouard Dusaert, ancien colonel d'artillerie, auteur de Essai sur l'art de la guerre, réfute la théorie qui voudrait faire du Morvan "le dernier rempart pour la défense du pays". En voici un extrait :   "Nous terminerons cette partie de notre étude en nous inscrivant en opposant contre une opinion émise sur la défense de la France, dans un article remarquable d'ailleurs à plus d'un titre que nous avons lu dans le Journal des sciences militaires (livraison d'avril 1873). Cette opinion est d'adopter comme réduit et dernier refuge de la défense le massif de montagnes du Morvan et de la Côte-d'Or. Ledit massif forme un triangle à peu près équilatéral dont les sommets sont Langres, Cosne, sur la Loire, Roanne, également sur la Loire, et dont les côtés ont environ cinquante lieues de développement. A ce sujet il est à considérer ce qui suit : Dans un ouvrage de fortification permanente, tel qu'une demi-lune, une place d'armes, etc., faisant partie d'une forteresse, un réduit a pour but de prolonger la résistance de l'ouvrage et par suite de la forteresse, et de donner ainsi plus de temps à une armée de secours pour venir délivrer cette dernière. Dans ces conditions, un réduit est fort utile, parce qu'ayant sur tout l'ouvrage, dont il occupe le centre, une action à distance très-rapprochée, cette action peut être d'une efficacité décisive et avoir pour conséquence le salut. Là se trouvent en jeu deux intérêts distincts, celui de l'objet à défendre et celui de ses défenseurs ; et ces intérêts sont tous deux satisfaits. Le premier consiste à empêcher la prise de l'ouvrage par le fait d'un assaut heureux livré à son saillant/à forcer d'en conquérir le centre par de nouvelles opérations et un nouvel assaut, toutes choses fort dangereuses, puisqu'elles se passent à la distance de quelques mètres. Le second intérêt consiste à permettre aux défenseurs de combattre jusqu'à la dernière minute, sans trop compromettre leur liberté et leur vie, puisqu'ils n'ont que quelques pas à franchir pour se trouver à couvert dans le réduit. Mais nous ne voyons aucune comparaison possible entre le rôle d'un réduit de demi-lune ou de place d'armes et celui qu'on veut faire jouer au pâté du Morvan et de la Côte-d'Or, dans la défense de la France. L'occupation de ce pâté n'aurait évidemment aucune influence qui préservât de l'occupation du pays ; car il est situé à soixante-quinze ou cent lieues des frontières, et il n'existe pas encore de canons de cette portée. Sous ce rapport, quoique démesurément grand, le massif serait encore beaucoup trop petit. Au point de vue de la protection donnée à une armée ou à deux armées battues qui s'y réfugieraient pour se réorganiser, point de vue qui est évidemment celui de l'auteur de la proposition, le massif serait au contraire infiniment trop grand. Un triangle équilatéral de cinquante lieues de côté ; mais c'est immense et l'on n'y a, ce nous semble, pas bien réfléchi. Cinq cent mille hommes solides, pourvus d'une artillerie formidable, ne suffiraient pas à le défendre de la manière dont doivent être défendus les réduits, ni à recueillir avec sûreté de protection les débris d'armées battues, poursuivies et plus ou moins démoralisées. Ils ne l'empêcheraient pas d'être forcé sur un point ou sur un autre et d'être, à leur grand détriment, pris à revers dans une ou deux de ses faces par une armée équivalente ou supérieure. Or il faut admettre que les conditions de la lutte seront celles-là , si seulement nous avons affaire aux armées de deux grandes puissances coalisées contre nous, comme il est nécessaire de le prévoir par prudence. Dans une éventualité semblable, la presque totalité des forces qui nous resteraient se trouvant réunies dans une partie limitée de territoire, il suffirait de deux ou trois batailles perdues pour les anéantir et mettre la France complètement à la merci de l'étranger. Si à la fin d'une campagne malheureuse il restait non point 400000 ou 500000 hommes, mais 150000 ou 200000, peu gravement entamés et disponibles, on aurait certes mieux à faire pour les utiliser que de les immobiliser dans le massif du Morvan et de la Côte-d'Or, fort improprement nommé, selon nous, le réduit et le dernier refuge de la défense. En acceptant la combinaison d'un réduit placé au centre du pays, pour servir de refuge et de lieu de réorganisation à une ou plusieurs armées fort amoindries et désorganisées par les combats, il conviendrait d'abord que ce réduit, au lieu d'avoir la forme d'un triangle, aussi désavantageuse sous le rapport de la défense que sous celui de l'espace, eût celle d'un polygone à cinq ou six côtés. Il conviendrait ensuite que le périmètre polygonal ne dépassât pas cinq ou six lieues, ce qui exigerait déjà un personnel de défenseurs nombreux, beaucoup de temps et de dépenses pour mettre l'ouvrage en état de résistance respectable. Mais il ne faut, à notre avis, aucun réduit central organisé exprès pour servir de dernier refuge à nos soldats tenant la campagne. Outre l'inconvénient d'être placé trop loin des frontières pour des armées sérieusement battues et activement poursuivies, il aurait celui plus grave encore d'offrir un but déterminé, un objectif final à l'ennemi. Celui-ci, ainsi fixé sur la situation, serait affranchi des hésitations ordinaires et agirait en conséquence. Le réduit ne tarderait pas à être cerné, isolé, coupé de toutes communications et forcé de capituler pomme capitulèrent Strasbourg, Metz et Paris. Au lieu de concentrer, de localiser la résistance dans une partie restreinte du pays, il faut au contraire la diviser, la disséminer sur toute sa surface. La manière dont nous avons proposé de le faire, nous semble remplir les conditions désirables en y employant à la fois les forces de l'armée active, de ses réserves et de l'armée territoriale. Ainsi que nous l'avons observé plus haut, nous pourrons ainsi défendre graduellement jusqu'au dernier pouce de notre territoire, et nos côtes de l'Océan nous seront du plus utile secours pour transporter, selon les éventualités et les besoins, nos soldats et notre matériel du midi au nord et du nord au midi." |
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