Mardi, 19 Mars 2019
Pistillus, célèbre potier antique retrouvé à Autun
Vendredi, 02 Juillet 2010 09:29

 

Stéphane Alix, responsable scientifique  du chantier de l'Inrap au faubourg d'Arroux à Autun devant le four de potier attribué à Pistillus (Photo GensduMorvan 1.07.2010)Une fouille archéologique menée sur prescription de l’État (DracBourgogne) au nord d’Autun, dans le cadre d’un projet de logements sociaux, a révélé aux archéologues de l’Inrap un îlot d’habitation antique.
Les premiers états appartiennent au début du Ier siècle de notre ère, c’est-à-dire lors de la fondation de la ville. Autun est édifiée à l’initiative du premier empereur romain, Auguste (27 avant notre ère – 14 de notre ère), dont elle porte le nom, Augustodunum. Cadeau de Rome à un peuple allié de longue date, elle remplace la capitale gauloise des Éduens, l’oppidum de Bibracte situé sur le mont Beuvray.
La ville d’Autun devient l’une des plus importantes de Gaule du nord, forte de son artisanat, de son rayonnement culturel et de sa position de capitale de cité. La fouille de cet ilôt permet de voir l’évolution d’une partie de la cité, à la fois quartier d’artisanat et lieu d’habitation.

Pistillus, le coroplathe de Augustodunum

Demi moule d'une Vénus mère de Pistillus (Photo GensduMorvan 4.05.2010)Entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, quantité de petites figurines sont produites et diffusées à travers la Gaule, voire au-delà. Ces statuettes en terre blanche sont produites par moulage, à partir d’une argile très fine. Les deux faces, moulées séparément, sont collées à la barbotine puis cuites, avant d’être parfois peintes. En Gaule romaine, plusieurs ateliers ont fabriqué en masse ces images populaires, destinées à une clientèle trop modeste pour acquérir des statuettes en bronze.

Ainsi, comme le rappelle en 1920 Camille Jullian dans son Histoire de la Gaule, sont parvenues jusqu’à nous les productions de : « Allusa à Bordeaux, connu pour ses Mères ; l’Armoricain Rextugénos, pour ses Vénus à la rigidité hiératique ; Sacrillos l’Arverne, de Toulon-sur-Allier, grand fournisseur de colombes ; et surtout l’Eduen Pistillus, qui passa maître dans le genre familial, remplissant toute la Gaule de Mères pouponnières, d’enfants au berceau, de lits domestiques, de chiens gardiens du foyer ».

On se doutait que Pistillus, avait été actif à Autun, autour de la fin du IIe siècle et au début du III e siècle de notre ère. Sa production était largement diffusée dans l’ensemble de la Gaule, en direction de l’Atlantique (via Bourges, Poitiers, Nantes...) vers l'est et le nord ouest suivant la voie d'Agrippa.
Elle a atteint aussi la Germanie supérieure, les provinces de Rhétie et du Norique (Mayence, Bavière, lac de Constance, Tyrol autrichien).
La mise au jour par les archéologues de l’Inrap d’un four de potier, de moules, de figurines et de ratés de cuisson signés « Pistillus » confirme la présence de son officine à Autun.
Pistillus se distingue des autres coroplathes (fabricants de figurines), par des statuettes soignées et des thèmes variés : déesses protectrices, Vénus, Abondance, animaux, mais aussi de aussi tendres représentations de l’intimité romaine comme Les amants de Bordeaux, découverts en 1850, où homme et femme échangent des caresses dans un lit de type romain, sous la protection d’un chien endormi.

Pour l’instant la fouille livre des figurines de Vénus, de déesses nourricières, sans révéler encore, d’autres oeuvres plus érotiques. « Qu’on ne se trompe pas d’ailleurs sur le mérite de Pistillus et de ses émules : ce sont de pauvres oeuvres que leurs figurines, faites pour de pauvres ménages, et qui s’en allaient remplir les boutiques à quelques as ou qu’étalaient les colporteurs aux heures de marché » (Camille Jullian).

Un quartier entre artisanat et belles demeures

Fouille d'un atelier métallurgique: on distingue des traces de foyer et la dalle renforcée en pierre qui supportait les enclumes.Une activité métallurgique est également avérée sur le site : le travail du bronze est attesté par la présence de creusets pour la fonte, de fragments de moules et de tas (enclume) pour le façonnage de tôles, ainsi que par de nombreux déchets.
Pour le fer, des fosses dépotoirs ont livré des éléments de tuyère (soufflet), de nombreuses scories, ainsi que des battitures qui montrent la présence de forges. Des déchets de coulées ont aussi été découverts, caractéristiques de la réduction du minerai de fer. Cette étape primaire dans la métallurgie du fer est extrêmement rare en contexte urbain.

En contrepoint, des salles à hypocauste (pièces chauffées par le sol) ont été exhumées. Quelques tesselles en pâte de verre et de nombreux fragments d’enduits peints trouvés dans les remblais de destruction témoignent des décors des habitations.
Des installations liées à l’eau (puits, canalisation, réceptacle destiné à recueillir l’eau de pluie) se trouvent dans des cours intérieures. Un long tronçon de l’égout témoigne des aménagements créés lors de la fondation de la ville.
La fouille a également livré quelques marbres dont une tête janus, représentant Hermès et Pan (ou Dionysos), une plaque portant la dédicace d’un equites, membre de l’ordre équestre romain et tribun militaire de la XXIIe légion, jusque-là inconnu : Tiberius Claudius Potitus Sabinianus.

L’Inrap

Avec près de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise la majorité des diagnostics archéologiques et des fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics : soit près de 2 500 chantiers par an, en France métropolitaine et dans les Dom. Ses missions s’étendent à l’exploitation scientifique des résultats et à la diffusion de la connaissance archéologique auprès du public.

Aménagement OPAC Saône et Loire
Contrôle scientifique Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne)
Recherche archéologique Inrap
Responsable scientifique Stéphane Alix, Inrap (Fin du communiqué de l'INRAP)

Voir la vidéo des fouilles sur le site de l'INRAP: cliquer ici

Lire l'article: Autun: les archéologues sur les traces de Pistillus

Les photos (photos et légendes GensduMorvan):

Le four attribué à PistillusLe four de potier attribué à Pistillus après la découverte de plus d'une centaine de pièces signées du maitre coroplathe d'Augustodunum. Sur les 20 M2 de cet atelier les archéologues de l'INRAP ont retrouvé l'équivalent de 10% de l'ensemble des productions connues jusqu'à aujourd'hui dans la cité éduenne.

 


 

 

 

 

La soleLe feu était entretenu à l'entrée du four et l'air chaud diffusé par un système sophistiqué de bouches cuisait les pièces en argile disposées sur la sole en terre cuite. Le four était fermé par un dôme très certainement permanent et l'on accédait au volume de cuisson par une porte.

Le four qui n'a jamais fonctionnéA quelques mètres du four en activité, les archéologues ont découvert les structures d'un four en construction dont il ne manque que la sole. Pour quelles raisons cet investissement a-t-il été abandonné avant d'être mis en service? Au fond de ce four, les archéologues ont atteint le sol d'origine qui a été aplani par les terrassiers romains pour accueillir les constructions.

 

Deux parmi les plusieurs dizaines de pièces retrouvées:

Venus se pinçant le seinUne statuette de Vénus se pinçant le sein. Les productions de Pistillus étaient renommées par la qualité de l'argile employée. Les archéologues vont maintenent chercher la provenance de cette terre: locale ou importée, de la vallée de la Dheune ou de plus loin encore?

Statuette bélierUne statuette de bélier sur cuite: retrouvée coincée derrière le four, cette statuette était certainement tombée lors d'une production et n'a jamais été récupérée.

L'ilôt du faubourg d'Arroux viabilisé par les ingénieurs romains qui avaient particulièrement soigné les évacuations d'eaux usées était un quartier artisanal et résidentiel où se cotoyaient potiers et métallurgistes. Certains bâtiments ont abrité successivement des ateliers et des locaux d'habitation.

Collecteur principalLe collecteur principal desservant le quartier, d'une hauteur d'1,70 m avait le fond recouvert de dalles en terre cuite prises dans la maçonnerie. On voit, sur la droite, un fragment d'un raccordement en terre cuite. Un dépôt d'une cinquantaine de centimètres s'est accumulé au fond de l'égoût, sans doute après la première crise urbaine et l'arrêt des nettoyages. Les scientifiques vont procéder à des analyses de ce dépôt qui livrera peut-être des indices floristiques, chimiques et bactériologiques nous renseignant sur la vie quotidienne des galloromains.

Sol de cheminéeLes habitations galloromaines les plus luxueuses étaient chauffées par le système d'hypocauste ( système de chauffage par le sol). Ce que l'on sait moins c'est qu'ils possédaient également des cheminées à feu ouvert comme les nôtres. Ici un sol d'une telle cheminée qu'il faut imaginer contre un mur disparu.

 

 

 

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