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Fouilles du Faubourg d'Arroux à Autun: jetée au fond d'un puits elle réapparaît avec la ville augustéenne
Écrit par GdM   
Vendredi, 27 Août 2010 23:56

Semelle1Une belle revanche. Jetée il y a plus de 1700 ans au fond du puits comme une vielle godasse qu'elle était, on vient aujourd'hui l'admirer comme une Berluti ministérielle.

On suppose qu'elle était sandale et ses clous usés laissent penser qu'elle ne
La semelle coté extérieur avec ses clouschaussait pas un pied féminin, mais plutôt un mâle soldat. Ou alors un des ces rugueux artisans de la céramique, du fer ou du bronze qui peuplaient le quartier.
Tout ce dont on est sûr, c'est qu'elle a été abandonnée par sa sœur de gauche au moment du grand plongeon et sa forme particulière (largement évasée à l'avant du pied) permettra sans doute aux spécialistes de la mode antique de lui donner un âge.


« Il est plutôt rare de retrouver ce genre d'objet dans une fouille classique car il faut des conditions particulières de conservation, notamment d'humidité Â» consent Stéphane Alix, responsable scientifique des recherches menées par l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) dans le quartier du faubourg d'Arroux à Autun.

ChaudronMais le scientifique s'amuse un peu de notre empressement de néophyte pour ces objets de la vie quotidienne que son équipe d'archéologues a tirés de l'oubli où les avaient ensevelis presque deux millénaires et quatorze mètres de terre et de pierres au fond d'un puits effondré: outre la belle semelle, six chaudrons en bronze dont l'épaisseur millimétrique atteinte par l'artisan qui a martelé le métal n'a pas résisté aux assauts du sol et un superbe pichet, en bronze également.

Les restes métalliques du seau qui avait échappé à son propriétaire et dont les douelles en bois ont disparu, ont été retrouvés à « seulement Â» huit mètres de

Pichetprofondeur: sans doute au niveau de l'eau d'alors dont on relève au passage qu'il n'a guère bougé depuis.

Graines et pollens renseigneront sur l'environnement

Ces « beaux Â» objets qui racontent des bribes de vies troublent plus l'amateur que le scientifique. Stéphane Alix accorde autant d'importance à d'autres découvertes que l'on ne peut pas photographier mais que le laboratoire se chargera d'analyser: les sédiments qui ont conservé graines, pollens et bois fourniront de précieuses indications sur l'environnement du quartier.

Les archéologues ont atteint le niveau de la ville augustéenne

Plus encore, de retour sur le terrain, c'est sur des bandes de terre noire que l'oeil distingue immédiatement que Stéphane Alix souhaite attirer notre attention.
La ville à ses origines réapparaît« Vous voyez la terre jaune? C'est le sol  naturel. Et ces bandes de terre noire à l'intérieur, ce sont les emplacements des sablières sur lesquelles étaient construits les premiers bâtiments Â». A-t-on bien compris? Après les couches du IIIe siècle qui ont livré toutes les figurines du célèbre Pistillus, puis celles du IIe, les archéologues viennent d'atteindre la ville augustéenne.

Des constructions en bois dans ce quartier périphérique d'Augustodunum qui pouvait bien attendre que la nouvelle ville soit dotée de ses édifices monumentaux signant sa grandeur.
« C'est la première fois que l'on peut étudier la ville augustéenne sur une surface aussi importante Â» s'enthousiasme Stéphane Alix en désignant des lignes qui pourraient constituer les bases d'une première maison ou des limites de parcelles mais disparaissent encore sous des couches postérieures qu'il faudra dégager. Des auréoles plus sombres trahissent des fosses comblées dont le déblaiement devrait réserver de « belles surprises Â».

Course contre la montre

Mais les archéologues auront-t-ils le temps " d'aller jusqu'au fond "? "Le temps qui passe, voici l'ennemi des archéologues en fouille préventive " écrivions-nous en mai dernier lors d'une précédente visite sur le site en relevant l'ampleur du site (4000 m2) face aux six mois laissés aux chercheurs pour en percer les secrets.
« Nous allons prolonger notre présence sur le site le temps de " consommer " l'ensemble des moyens en jour/homme prévus par le contrat Â» répond Stéphane Alix. Et après? : « Ã‡a dépendra des moyens budgétaires et d'une éventuelle rallonge Â». Elle pourrait provenir du Fonds national pour l'archéologie préventive (FNAP).

PellemecaniqueEn attendant cette éventuelle prolongation, les équipes de l'INRAP mettent les « pelletées doubles Â»: c'est à la pelle mécanique qu'ont été dégagées les « avant-dernières Â» couches et les fondations de l'ancienne maison close qui habitait le terrain au milieu du dernier siècle.
Et surprise, si les caves n'ont livré aucune statuette érotique comme il a été écrit dans certains journaux, elles ont laissé apparaître un mur romain d'une facture exceptionnelle. Une nouvelle montée d'adrénaline pour les archéologues. Et de nouvelles questions à résoudre. Et le chronomètre qui tourne.
On comprend mieux alors le sourire du scientifique répondant patiemment à trop de questions sur une vielle semelle cloutée. Stéphane Alix n'est plus là. Il est retourné au siècle d'Auguste.

A propos de ce chantier de fouille préventive lire également:
Autun: les archéologues sur les traces de Pistillus
Pistillus, célèbre potier antique retrouvé à Autun

L'ensemble du mobilier mis au jour sur le site sera exposé les 18 et 19 septembre 2010 au Centre d'archéologie et du patrimoine Alain Rebourg  (Rue Bouteiller à Autun) de 10h à 12h dans le cadre des Journées du Patrimoine.

 

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