Mardi, 22 Mai 2012
Le Morvan : vos infos, vidéos, photos, annonces ...

Agenda

<<  Mai 2012  >>
 Lu  Ma  Me  Je  Ve  Sa  Di 
   1  2  3
   
Autun: on a retrouvé l'emplacement du fauteuil des premiers évêques au Ve siècle
Écrit par GdM   
Lundi, 30 Novembre 2009 00:09
A droite: le sol en mortier de tuileau, exceptionnellement bien conservé. Au coin supérieur droit (sur la photo) de ce sol, des traces d'usure: c'est là que s'installaient les premiers évêques d'Autun pour recevoir leurs hôtes Une cour face au portail Est de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun. Au fond de la cour, une cave. Quatre mètres sous voute. Le sol a été creusé. Un trou de deux mètres de profondeur. Les bords, pareils aux flancs d'un millefeuille sont constellés d'étiquettes jaunes portant des dates. Au fond, sur divers niveaux, des murs qui se croisent, des dalles, des trous de poteaux.

Sur plusieurs mètres carrés, un sol en pente légère. Un mortier net et sans défaut. Sauf sur une petite surface, contre le mur, légèrement "grattée": « Des traces d'usure correspondant peut-être à l'emplacement d'un siège, celui de l'évêque » : Sylvie Balcon-Berry, chercheuse à la Sorbonne, dit « peut-être ». Rigueur scientifique oblige. Mais elle ne le pense pas. Au fond d'elle même, elle en est convaincue. Avec Walter Berry, chercheur de l'UMR 5594 de Dijon, ils ont exhumé la salle d'audience des premiers évêques d'Autun. Au coeur de la résidence épiscopale primitive. A cinquante mètres à peine du bureau de l'actuel titulaire du siège, Mgr Benoît Rivière.

Au fond de la cour, laissez l'église Saint-Jean de la Grotte sur votre gauche, passez le porche ou des scouts soucieux de l'entente entre religions ont inscrit le premier verset du Coran et entrez dans la salle de réception des premiers évêques du diocèse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour en arrière. Depuis Constantin, l'Édit de Milan et le concile de Rome de 313 puis le baptême de l'empereur romain, les chrétiens ne sont plus persécutés. Sortant de la clandestinité, cette petite minorité se lance alors, avec et en appui du pouvoir central de Rome, à la conquête du territoire « païen ».
Dans l'histoire de cette conquête Autun tient une place emblématique qui sera reconnue deux siècles plus tard par l'attribution du pallium de Grégoire le Grand faisant de la cité éduenne la deuxième ville de la province ecclésiastique de Lyon. Prééminence qu'elle n'abandonnera qu' en 2002 lorsque le diocèse sera rattaché administrativement à celui de Dijon.


Cette aura, l'Église d'Autun la tient des hommes qui l'ont dirigée: il suffit de faire la liste de ses évêques canonisés. Une bonne douzaine parmi ceux des premiers siècles, dont les légendaires Syagre et Léger. Le premier attesté avec certitude est Rhétice. Saint Rhétice. Un homme à poigne. Son combat contre les "hérésies" qui pullulaient dans les premiers temps du christianisme et faisaient l'objet de terribles répressions, lui permit d'intégrer le cercle des proches de l'Empereur. Il participa aux conciles de Rome en 313 puis d'Arles un an plus tard qui excomunièrent Donatus et condamnèrent ses partisans.


Dans la cour de la Maîtrise, sur les ruines de Saint-Nazaire et Saint-Jean englouties, Sylvie Balcon-Berry et Walter Berry expliquent, avec plans et cartes, l'incroyable complexité du site qui n'a cessé d'être aménagé et remodelé sans interruption depuis 2000 ansSylvie Balcon Berry ne pense pas avoir retrouvé l'emplacement du fauteuil de Rhétice. « Ce sont ses successeurs immédiats qui vont successivement asseoir leur pouvoir et auront à coeur de le matérialiser sur le plan monumental. C'est probablement à ces prélats qu'il faut attribuer la création de la domus ecclesiae dont on pense avoir trouvé les vestiges » indique la chercheuse dans une communication devant ses confrères de l'Europe entière réunis en colloque à Autun le 27 novembre dernier pour saluer la découverte.
Des prélats qui profiteront du décret de Théodose, en 392, instituant le christianisme religion officielle et interdisant toutes les autres pour élever les remparts qui abriteront et symboliseront leur nouvelle autorité.


C'est l'histoire de cette conquête du pouvoir, lente et inéxorable que nous livrent aujourd'hui les témoignages archéologiques. Siècle après siècle la modeste demeure épiscopale grignote l'espace et gagne en prestige pour devenir le "palais" ou "château fort avec donjon", de ces véritables seigneurs sillonnant l'Europe et recevant en grande pompe que sont les évêques. Pouvoir que les prélats doivent aussi parfois partager quand les circonstances et les règles vaticanes l'exigent, comme aux IXe-Xe siècle lorsque les chanoines enrichis battent monnaie, prennent possession du castrum et érigent un mur pour bien marquer leur indépendance.

La Tour Saint-Léger remonte peut-être à l'époque du fameux prélat (659-678). Cette tour rectangulaire faisait partie, avec une autre plus au nord du système de désfense du palais épiscopal

 

L'espace épiscopal médiéval, adossé à une "muraille restreinte" qui constitue l'un des murs de l'actuel évêché et s'inscrit encore majestueusement dans la Tour Saint-Léger, n'a pas fini de livrer ses secrets. Une mine et une carrière pour les archéologues. Actuels et futurs. Une incroyable successions de couches invitant au voyage depuis les ateliers artisanaux d'Augustodunum jusqu'aux carrelages des logements encore habités il y a quarante ans!
Et une église, Saint-Jean, engloutie sous les sept mètres de « gravats » et (sans doute) de trésors produits par la destruction par explosif (mal maitrisé !) de la « vieille » cathédrale Saint Nazaire en 1753. Églises écroulées et enchevêtrées dont les ruines constituent un incroyable talus surplombant les jardins de l'actuel évêché et sur lequel a été construite la Maîtrise abritant le bureau de feu le chanoine Grivot.

Les archéologues espèrent un aménagement du site« Il serait intéressant de fouiller l'ancienne cathédrale Saint-Nazaire pour mieux saisir l'articulation entre ses phases les plus anciennes et la domus ecclesiae des origines, mais également de poursuivre l'exploration de la zone orientale du cloître où d'autres vestiges fort anciens sont probablement bien conservés » espèrent Sylvie et Walter Berry. Les deux archéologues militent aussi pour un aménagement du site. Magnifique, celui-ci est en effet malheureusement fermé au public.

Deux jours de colloque sur les domus ecclesiae en Europe et Afrique

Sylvie Balcon-Berry a présenté le résultat de ses dernières recherches à ses collègues européens vendredi et samedi à AutunLe colloque « Les « domus ecclesiae »: aux origines des palais épiscopaux a réunis une cinquantaine de chercheurs, vendredi 27 et samedi 28 novembre à l'auditorium saint Rhétice de l'Évêché d'Autun.

Liste des communications:

- Aux origines du Palais épiscopal de Lyon: la domus ecclesiae par J-F Reynaud, professeur honoraire des Universités;

- La domus ecclesiae de Poitiers par Brigitte Boissavit-Camus Paris-Ouest, Nanterre la Défense, UMR 7041 – THEMAM

- Grenoble: du premier complexe cathédral à la résidence épiscopale (Ive-XIIe s.) par Alain de Montjoye, Conservateur du patrimoine, Service du Patrimoine culturel de l'Isère.

- Les résidences épiscopales de l'évêque du Vivarais, par Yves Esquieu, Université de Provence.

- The domus ecclesiae of Reims, predecessor of the Palais du Tau? The state of the question in the light of recent research par Walter Berry, chercheur associé à UMR 5594 – ARTeHIS – Dijon.

- Les palais épiscopaux aux XIIe et XIIIe siècles par Thierry Crépin-Leblond, conservateur général du patrimoine.

- Le origini dell'episcopio lateranense par Paolo Liverani, Università degli Studi di Firenze.

- Autun: de la domus ecclesiae au palais épiscopal par Sylvie Balcon-Berry, Université Paris-Sorbonne et Walter Berry, chercheur associé à UMR 5594 – ARTeHIS – Dijon.

- Ortodossi e ariani a Ravena: le residenze episcopali dal tardoantico all'altomedioevo par Clementina Rizzardi, Università degli Studi di Bologna.

- Les palais épiscopaux en Saxe occidentale autour de l'an mil et les caractères topographiques et architecturaux du siège épiscopal de Paderborn (Westfalie) par Svega Gai, LWL-Archäologie für Westfalen, Münster, Westfalie.

- Les domus ecclesiae: le cas de l'Afrique du Nord romaine et byzantine par François Baratte, Université Paris-Sorbonne, Centre Lemain de Tillemont (UMR 8167).

- Le problème de l'identification du complexe de Caricin Grad (et de certains autres ensembles de l'Antiquité tardive) par Jean-Pierre Caillet, Université Paris Ouest.

- L'Episcopium de Porec par Ivan Matejcic, école des Beaux-Arts de Rijeka – Croatie et Pascale Chevalier UMR 5594 – ARTeHIS – Dijon.

 

 

Commentaires  

 
0 #1 Julien 17-12-2009 01:00
Merci pour cet article très intéressant. Je ne savais pas qu'il y avait toutes ces "choses" dans cette cour que j'ai beaucoup fréquentée à une certaine époque. J'espère que la ville l'aménagera pour qu'on puisse le visiter. Allez Autun et bonne chance aux Autunois. Juju
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Gens du Morvan favorise sur ses plateformes collaboratives les échanges et le partage entre les habitants du territoire avec la conviction que la possibilité ainsi ouverte à chacun de participer à l'information et aux débats est une source de richesse pour tous
Si, au delà de la liberté d'expression de toutes les opinions ou même de la polémique (que nous ne refusons pas dans les limites fixées par la loi), Gens du Morvan n'était pas compris comme un outil de dialogue favorisant le lien social mais comme un terrain vague où soufflerait un mauvais vent mettant à mal les personnes, nous aurions raté notre objectif.
Alors, du calme ! Continuez à poster vos commentaires et à envoyer vos articles, mais en n'oubliant pas que nous sommes ici entre Gens du Morvan.
Bon vent, bonnes gens !


Code de sécurité
Rafraîchir


Gens du Morvan
est votre site | publiez vos infos - annonces - échanges de services - photos - événements | échangez via le Forum du Morvan

Copyright © 2009 Gens du Morvan - Tous droits réservés - Mentions légales - Nous contacter - Création PureConcept