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Didier Cornaille: un écrivain généreux
Écrit par GdM   
Lundi, 12 Octobre 2009 19:47
Didier Cornaille, généreux avec ses lecteurs, lors d'une rencontre avec ses lecteurs, samedi 10 octobre 2009 à Anost, le village où il réside depuis 35 ansDidier Cornaille était, samedi 10 octobre, l'invité de la bibliothécaire de la Maison du Patrimoine Oral à Anost, Jadmiga Dupont, pour une rencontre avec ses lecteurs. Plus de deux heures savoureuses.

Didier Cornaille est un écrivain généreux. Généreux comme sa terre natale du Cambresis réputée pour sa fertilité et ses rendements : pas moins de cinquante-deux ouvrages en trente ans de carrière! Généreux avec son public auquel il répond sans retenue, confiant jusqu'à ses plus intimes secrets d'écriture.

On pourrait croire qu'au terme de dix-sept romans, levant à chaque livraison un coin supplémentaire des ses pensées et de son être, l'écrivain est nu. Qu'il n'a plus de secrets à nous offrir. Mais a-t-on vraiment lu quand on referme un livre?

Écrivain "du terroir"? « Ça me fait hurler!»

Parfois naissent des malentendus. "Écrivain du terroir", Didier Cornaille? Trois hommes à béret qui partagent un casse-croûte sur fond de "village tranquille", quatre boeufs blancs paissant à l'ombre d'un clocher, un galvacher barbu et chapeauté quittant sa vallée sépia, une ferme écrasée par la haute stature du Mont Beuvray: autant de couvertures, autant d'images qui collent à la rétine de ceux qui n'ont pas, ou mal, lu.
Didier Cornaille: Morvandiau depuis 35 ans.« Ça me fait hurler lorsque l'on me catégorise "écrivain du terroir"» réplique Didier Cornaille qui accole à cette définition l'image négative « passéiste et misérabiliste », qu'il combat, « d'une sorte de paradis perdu du « bon vieux temps », égratignant au passage celui à qui on a parfois voulu le rattacher, Henri Vincenot et son admiration du « bon maître » et sa « misogynie ».
Ni écrivain du terroir, ni même "écrivain régionaliste". A la rigueur, Didier Cornaille veut bien endosser le costume "d'écrivain régional". Mais quand bien même rejeterait-il cette qualification pourrait-il la nier? En effet, sans même parler de Le vent des libertés soulevait la terre , véritable "roman historique" de la grandeur galvachère d'Anost et en excluant L'inuksuk  inuit, le Morvan est omniprésent dans ses romans. « C'est un simple décor, mais les histoires sont universelles » argumente Didier Cornaille qui précise: « je dois dire que le Morvan est un décor qui me convient bien et que les Morvandiaux sont des acteurs qui me conviennent bien ».
Réfutant donc l'épithète "du terroir", Didier Cornaille « se méfie » également de la notion de « racines » qui peut être, selon lui, graine de « xénophobie ». Mais il accepte avec fierté d'être présenté comme un observateur attentif et engagé du monde rural qui est, confesse ce fils de paysan, lui même un temps éleveur de chevaux, « son monde ».

Toute ressemblance est fortuite... sauf René-Fernand!

Autre méprise, sinon malentendu: les lecteurs de la région cherchent souvent, et pensent découvrir parfois, des personnes réelles, qu'ils connaissent, derrière les personnages des romans. Didier Cornaille dément formellement. En est-il si sûr? A bien y regarder, Fernand, dans Étrangers à la terre , histoire d'amour entre une jeune beurette et un fils de Morvandiau bousculant les conventions et les préjugés, n'a-t-il pas été inspiré par René Fortin? Mais René d'Anost, inventeur du "village Fortin", ne fait-il pas partie du "décor" morvandiau?

Si Didier Cornaille n'est finalement pas certain que "toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existés ne saurait être que fortuite" c'est sans doute en raison de sa technique d'écriture. « Je ne prends aucune note, je n'établis aucune fiche » explique-t-il. « Lorsque j'écris, je suis dans une bulle. Les personnages que je crée sont là, devant moi, et je les décris comme je les vois ». Ces images ne peuvent-elles pas, dès lors, contenir quelques fragments de réel?

Mais qu'on se rassure: bien que dans sa bulle, bien qu'immergé dans son histoire, bien qu'impressionné par des images cérébrales, et bien qu'il lise en ce moment un Livre saint dont la plume du rédacteur aurait été tenue par Dieu lui même, Didier Cornaille n'est « inspiré » que par son talent et... son travail.

 

Didier Cornaille: 17 romans, 4 essais, 29 guides de randonnées, 2 cartes postales du pays Inuit et de chez les Touaregs du Mali. 

«Si l'histoire tombe mal: corbeille!»

L'idée d'un roman lui surgit d'observations ou d'articles de presse sur des faits souvent d'actualité (le dernier, Le forgeron d'Éden est né de la découverte par l'auteur d'un trafic de déchets industriels polluants que les Allemands venaient déverser dans les mines abandonnées du Morvan dans les années 70). Puis le travail débute par l'écriture du synopsis: « Je me raconte une histoire. Que j'écris au stylo. Un plan, un fil conducteur, des images. Des pages entières. Jusqu'au moment où l'histoire tombe bien. Si elle tombe mal, corbeille. Et je recommence jusqu'à ce qu'elle tombe bien. Prendre son temps. Si le synopsis est fait trop vite, mal conçu, on risque de tomber en panne pendant l'écriture ».
L'écriture: « Sur mon ordinateur. Je commence vers 15h, 15h30. Quand ça part, ça peut aller très tard. Si je lève la tête pour regarder l'heure, c'est temps d'arrêter, c'est que je suis fatigué ». Didier Cornaille trouve la force de préciser, peut-être pour se faire pardonner: « Quand j'écris un roman, je suis fermé dans ma bulle... Je suis sans doute odieux pour mon entourage...».
Vient ensuite le temps de la relecture avec l'éditeur. « Les correcteurs (souvent des correctrices d'ailleurs) reprennent tout le manuscrit. Entourent au crayon de papier tout les détails qui leur semblent malheureux: phrases trop longues, répétitions, syntaxe approximative etc. Mais c'est l'auteur qui a le dernier mot. Il corrige ou ne corrige pas. Une répétition par exemple, peut être un effet de style... ».

L'auteur a toujours le dernier mot

Un éditeur peut-il demander un changement du fond? « L'auteur a toujours le dernier mot » insiste Didier Cornaille qui se rappelle cependant sa confrontation avec une éditrice: « pour Labours d'hiver, ( l'histoire se déroule sur fond de 1ere Guerre Mondiale dont il décrivait l'horreur) Jeannine Balland m'a traité d'anti militariste  et a voulu me faire changer. J'ai refusé. Mais elle m'a poursuivi et continue...» (NdlR: Jeannine Balland est la veuve du « soldat-romancier » Erwan Bergot (Les Sentiers de la guerre, Sud Lointain) ce qui explique sans doute sa sensibilité à la question).

Didier Cornaille avoue cependant, avec satisfaction, qu'il n'a pas eu à souffrir de cette corporation. Depuis son premier ouvrage, Promenades et randonnées par les chemins oubliés du Haut-Morvan qu'il a publié à compte d'auteur en 1979, il n'a jamais eu à chercher un éditeur. Ils sont toujours venus à lui. A commencer par son premier, pour lequel il nourrit toujours une affection particulière, même s'il a du, avec le succès, lui faire des infidélités : Gérard Gautier fondateur des Éditions de L'Armançon qui a publié en 1991 Le Vol de la buse couronné par le Prix Sully Olivier-de-Serres qui a lancé sa carrière d'écrivain.

 


Le forgeron d'Éden, dernier roman de Didier CornailleDidier Cornaille est invité à la 24e Fête du Livre de Saint-Étienne les 23, 24 et 25 octobre prochains pour présenter son dernier roman Le forgeron d'Éden paru chez Albin Michel.
Il prépare la parution d'un ouvrage qui reprendra une sélection (1/60e) des Contes Bourguignons qu'il a offert chaque dimanche durant 12 ans aux lecteurs du Bien-Public-Progrès-Les Dépêches.

Pour tout connaître de la production littéraire de Didier Cornaille, accéder à son site: cliquer ici   

 

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