|
Durant soixante ans, jusqu'au dècès de sa dernière propriétaire Suzanne Tissier en 1993, Anost a été le siège de l'atelier Tissier, fabricant de feuillages artificiels en tissu dont les modistes et les grands couturiers de Paris, Milan ou New-York ornaient leurs créations.
Anost a décidé de réveiller le souvenir de cette activité artisanale qui, au plus fort de son activité, a employé jusqu'à une dizaine de salariées et fourni du travail d'appoint à autant de familles qui réalisaient les assemblages à domicile.
Â
Fin octobre 2010, la commune a acquis chez l'antiquaire Côte d'Orien qui les avait achetées lors de la liquidation de l'atelier, quelques pièces de collection: presse, moules et catalogue qui ont fait, lors des Journées du Patrimoine au Musée des Galvachers, l'objet d'une première exposition animée par plusieurs anciennes salariées de l'entreprise. Un film, réalisé par André Gaumont, retraçant toutes les étapes de la création d'un feuillage, était également diffusé.
Â
Malgré les quarante années qui les séparent de leur départ de l'entreprise, Christiane (Rougeaux-Dichamp), Bernadette (Febvre-Gauterin), Maryse (Gauthey), Yvette (Chapelon-Pautet) et Claudette Hardouin ont rapidement retrouvé les automatismes de leur jeunesse: encoller le fil de laiton qui figurera le pétiole et l'unir d'un rapide geste du doigt au « limbe » de la feuille de rosier découpé à l'emporte pièce dans la bande de tissu apprêté, le revêtir de tissu, installer le montage au fond du moule présentant le relief des fines nervures, introduire le contre-moule fixé au bout d'un petit manche puis, d'un coup sec, serrer le gaufroir sous la presse à vis pour marquer le tissu afin qu'il conserve en lui la trace des nervures.
« Il y avait aussi des pièces que l'on gaufrait à chaud » explique Christiane en montrant, sous l'établi, le bruleur à gaz qui chauffait alors la base de la presse. Certaines feuilles étaient ensuite peintes au pochoir parce que la nature les a dotées de plusieurs couleurs ou qu'elles devaient prendre des teintes d'automne. L'atelier a aussi produit des boutons de roses et quelques feuillages et métal fin. Seul point de discussion, sinon de désaccord, entre les anciennes collègues qui avouent unanimement avoir passé chez « Mademoiselle Tissier » les plus belles années de leur vie: « de quel côté actionnait-on la presse? A droite ou à gauche? ».
Lhistoire d'un enfant d'Anost qui s'installe à Paris et fait fortune
Attachée à l'histoire du village de son berceau familial, Marie-Aimée Latournerie a retracé l'histoire de l'entreprise, créée à Paris par Henri Tissier à la veille du XXe siècle. « Henri Tissier était né en 1870 à la ferme des Corterin, un hameau d'Anost. Il s'installa à Paris après son service militaire effectué dans la capitale, dans le quartier du Sentier où habitait l'un de ses cousins, » explique-t-elle. Au contact des artisans et marchands de tissus du quartier, Henri Tissier s'intéresse à la fabrication du feuillage artificiel et crée son entreprise, installée 91 rue d'Aboukir dans le 2e arrondissement. En 1898, il épouse Berthe Basdevant, qui travaillait aussi dans le tissu et, ensemble, ils dirigent et font prospérer l'affaire: « C'était le temps dit des « années folles » où l'on décorait les chapeaux de délicats bouquets de fleurs et de feuillages presqu'aussi vrais que nature et où la mode parisienne fournissait l'Europe et les États-Unis » explique encore Marie-Aimée Latournerie.
L'atelier parisien qui emploie trente salariés offre à Henri Tissier, qui n'a pas oublié Anost, la possibilité de faire construire dans son village natal une grande maison agrémentée d'un parc au carrefour de la route de Bussy. Mais lorsqu'il meurt, en décembre 1930, la crise économique de 1929 a déjà frappé le commerce de luxe. Sa veuve décide donc de transférer l'entreprise à Anost, à compter du 1er janvier 1934, dans un atelier situé à quelques pas de la maison familiale. Jusqu'à son décès en 1950, Berthe Tissier continua à faire vivre l'entreprise avec l'aide de sa fille Suzanne qui prit ensuite le relais en installant l'atelier dans la grande maison familiale où elle habitait.
Mai 68 a tué le chapeau à fleurs !
Mai 68 allait porter un coup presque fatal à l'atelier. Pas à cause des grèves, mais des changements opérés dans la société: « A un journaliste du Progrès venu l'interviewer en 1980 [il s'agit de Didier Cornaille], Suzanne Tissier expliquait que son atelier qui, en 1967, employait encore onze personnes, sans compter quatre personnes travaillant à domicile, presqu'exclusivement des jeunes filles, avait beaoucoup souffert des événements de 1968 qui ont fait passer de mode les chapeaux à fleurs et à feuillages » écrit Marie-Aimée Latournerie. Puis arriveront sur le marché les productions asiatiques à bas prix. Avant sa disparition en 1993 et la fermeture définitive de l'atelier, Suzanne Tissier travaillait seule, mais continuait à poster des colis pour ses clients fidèles en Europe et en Amérique.
Peut-être faut-il regretter que l'ensemble de l'outillage de cet atelier soit aujourd'hui dispersé. Le catalogue conservé à Anost recense 1.700 modèles de feuilles d'arbres ou de plantes différentes: rose, églantier, lierre, chevrefeuille, muguet, bégonia, etc. « Pour chaque modèle il y avait des tailles différentes. Pour les capucines par exemple, il y en avait six » explique Maryse en montrant la vitrine dans laquelle sont exposés les gaufroirs achetés par la commune. Chaque taille nécessitait l' emporte-pièce, la partie femelle et la partie mâle correspondants. De petits bijoux que l'on retrouve parfois aujourd'hui sur les brocantes.
« Ce serait bien que ces objets et l'histoire de l'entreprise soient présentés en permanence au musée » espèrent les anciennes employées qui conservent le souvenir de cette activité. « Au même titre que la Galvache, la fabrique feuillages artificiels Tissier a été une page significative de l'histoire économique d'Anost » conclut en effet Marie-Aimée Latournerie. |
Si, au delà de la liberté d'expression de toutes les opinions ou même de la polémique (que nous ne refusons pas dans les limites fixées par la loi), Gens du Morvan n'était pas compris comme un outil de dialogue favorisant le lien social mais comme un terrain vague où soufflerait un mauvais vent mettant à mal les personnes, nous aurions raté notre objectif.
Alors, du calme ! Continuez à poster vos commentaires et à envoyer vos articles, mais en n'oubliant pas que nous sommes ici entre Gens du Morvan.
Bon vent, bonnes gens !