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Prix du Morvan 2016 : Jacques Branchu (Contes inédits d’Achille Millien) et Jean-Yves Boursier (Armand Simonnot, bûcheron du Morvan) ont reçu leurs prix à Vézelay (avec vidéos)
Écrit par GdM   
Mercredi, 05 Octobre 2016 08:39

Prix_Morvan2016_JYB_AB_JBLa remise des Prix du Morvan qui distinguent tous les deux ans des auteurs mettant le massif au cœur de leur création littéraire ou de leurs recherches historiques a eu lieu samedi 2 octobre 2016 à la Maison Jules Roy de Vézelay dans le cadre des « Rendez-vous du lire et de l’écrire » organisés par l’association présidée par Geneviève Pascaud.

Jacques Branchu, ancien conservateur des bibliothèques de la Nièvre, a reçu le Prix littéraire Henri Perruchot pour « Contes inédits du Nivernais et du Morvan d’Achille Millien », ouvrage d’érudition consacré à la transcription et au classement de quatre-vingt contes populaires parmi les 1.300 collectés par le poète nivernais au 19e siècle.

Jean-Yves Boursier, professeur en anthropologie à l’Université de Nice a été récompensé du Prix d’études morvandelles Marcel Vigreux pour « Armand Simonnot, bûcheron du Morvan – Communisme, Résistance, Maquis », un travail croisant le témoignage de Théo, chef du Maquis FTP Vauban, et les sources archivées.

Outre la présentation des deux ouvrages, nous vous proposons ci-dessous deux vidéos, l’une résumant la remise des prix et les interventions des deux auteurs, l’autre reproduisant la prestation de l’écrivain et conteur Pierre Léger qui a offert au public une interprétation d’un des contes publiés par Jacques Branchu.

Prix littéraire du Morvan Henri Perruchot 2016

Contes inédits du Nivernais et du Morvan d’Achille Millien. Édition établie par Jacques Branchu et préfacée par Nicole Belmont. Aux Éditions Corti.
360 pages, 23 €. ISBN : 978-2-7143-1139-9.

Branchu3OuvrageL’important, dans le titre de cet ouvrage, est le qualificatif « inédits ». En effet, le travail de Jacques Branchu s’inscrit dans la continuité d’études et de publications antérieures, notamment de Paul Delarue, Nivernais lui-même, spécialiste mondialement reconnu du conte populaire qui fut le premier à entreprendre dès les années 1930 l’étude scientifique des manuscrits d’Achille Millien, et a publié « Contes du Nivernais et du Morvan par Achille Millien » en 1953.

Jacque Branchu a poursuivi ce travail de classement et de transcription et livre ce recueil de quatre-vingt contes qui nous invite au voyage dans l’imaginaire « des petites gens » de la société rurale morvandelle du 19e siècle. Contes merveilleux ou facétieux dont il existe presque autant de variantes qu’il y a de conteurs, chacun d’entre eux brodant sur une structure commune ayant parfois traversé les siècles et les continents.

Si le jury a retenu cet ouvrage pour le « prix littéraire », c’est sans doute parce qu’il a été sensible à la poésie et à l’imaginaire de ces textes dont on ne connaît que les passeurs et qu’Achille Millien a eu l’intuition de devoir sauver avant qu’ils ne s’effacent des mémoires, entrainés dans la disparition de la société qui les perpétuait.

Mais c’est bien à un véritable travail scientifique, avec une obstination de bénédictin, que s’est livré Jacques Branchu. Pour retranscrire les notes d’Achille Millien qui a collecté frénétiquement pendant vingt ans plus de 1300 contes et leurs variantes, nous les rendre accessibles et « lisibles », nous en présenter l'étude..

Cet ouvrage « que tout amoureux du Morvan doit avoir dans sa bibliothèque » selon la formule d’Alain Baroin, propose également une préface (16 pages) de Nicole Belmont, anthropologue, directrice d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et une postface de Jacques Branchu (20 pages) où sont détaillés l’itinéraire étonnant d’Achille Millien, poète, folkloriste et amateur d’art, ses méthodes de collectage et la valeur scientifique de sa collecte.

Voir la vidéo de la remise des Prix :

Prix d’Études morvandelles Marcel Vigreux 2016

Armand Simonnot, bûcheron du Morvan – Communisme, Résistance, Maquis, de Jean-Yves Boursier. Aux Éditions L’Harmattan.
300 pages, 32 €. ISBN : 978-2-343-02001-3.

Nous reproduisons en partie l’article que nous avions consacré à ce livre lors de sa sortie :

JY_Boursier_et_LivreCet ouvrage est consacré au parcours politique et combattant d'Armand Simonnot, Théo dans la Résistance, chef du Maquis FTP Vauban qui opéra aux confins de l'Yonne, de la Côte d'Or et de la Nièvre dans la région de Quarré-les-Tombes, Saint-Léger-Vauban et Saint-Agnan.

Un ouvrage passionnant qui, en éclairant les éléments du récit du résistant morvandiau par l'étude d'une multitude d'archives et publications, fixe la distance entre l'action locale d'un militant communiste " de base ", simplement patriote, et la « grande politique » du Parti décidée à Paris ou à Moscou. Quitte parfois à « déconstruire » l'histoire telle qu'elle a été figée.

Où l'on découvre l'incroyable destin de cet humble Morvandiau, né et mort à Saint-Léger Vauban [1908 -1984], qui côtoya les grandes figures communistes du XXe siècle et demeura un soutien indéfectible de Charles Tillon, le fondateur et commandant en chef des FTP exclu du Parti après-guerre, dont il fut le fidèle garde du corps jusque dans les épreuves.

Un ouvrage qui, à la faveur de l'évocation à travers les pages, d’un nombre incroyables de personnalités communistes nationales et internationales qui sont " passée par ce coin du Morvan ", révèle aussi combien le massif fut, de la Guerre d'Espagne à la Libération, le théâtre d'événements considérables, même s'ils ne furent pas spectaculaires.

L’auteur, Jean-Yves Boursier, originaire de Châtillon-en-Bazois, a été jusqu’à sa retraite récente, professeur en Anthropologie à l’Université de Nice.

Après des études de Géographie rurale à l’Université de Clermont-Ferrand, et après avoir enseigné dans l’enseignement secondaire, il a suivi des études de sociologie et d’anthropologie du politique à l’Université de Paris 8.

Maître de conférences à l’Université de Paris 8 (1993-2003), il est nommé professeur à l’Université de Nice en 2003.

Il a dirigé la revue « Socio-anthropologie » de 2003 à 2012, et il dirige la revue « Mondes contemporains » depuis 2012. Ses travaux sont axés sur une anthropologie politique des processus de fabrication du passé et sur les processus de patrimonialisation, sur les processus de construction du récit historique.

 

Le Prix littéraire fut fondé à Liernais en 1960; il est décerné tous les deux ans à un auteur dont l'œuvre, imprimée depuis moins de deux ans, présente un caractère d'ambassadeur du Morvan; S’y adjoint depuis 2002 le Prix d’Etudes Morvandelles Marcel Vigreux décerné à un ouvrage à caractère historique ou scientifique.

Ces Prix sont patronnés et encouragés par quelques collectivités territoriales, « l’Académie du Morvan », « la Fondation Morvan terre de vie en Bourgogne », le Parc naturel Régional du Morvan, le « Relais Bernard Loiseau » à Saulieu, « l’Auberge de l’Âtre » à Quarré-les-Tombes.

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Nous vous proposons ci-dessous, la vidéo de la prestation de l’écrivain et conteur Pierre Léger donnant le conte du « Chien barré ».
L’interprétation de Pierre Léger illustre le processus d’adaptation permanent des contes types en fonction de l’imaginaire du conteur lui-même et de son public.

Afin de bien évaluer cet écart, lisez le conte tel qu’il a été collecté par Achille Millien et publié dans l’ouvrage de Jacques Branchu (conte 28 de l’ouvrage, page 143) puis regardez la vidéo.

Voir la vidéo :

Le Chien barré

Un homme allait à la charrue. Il est venu un chien qui lui dit :
- Tessicha!
- Qui appelles-tu, Chien?
- Tu as trois filles; donne m'en une ou je te détruis.
Il s'en va trouver l'aînée des trois.
- Qu'as-tu, papa, des chagrins?
- Oui, sauve-moi la vie!
- Qu'est-ce ?
- Un chien devant ma charrue veut t'épouser.
- Je ne me donne pas à un chien!
La deuxième refuse aussi. La troisième consent:
- J'irai.
Il retourne à sa charrue, trouve le chien et la lui promet. Le chien dit:
- Je reviendrai demain la chercher à neuf heures.
L'homme chagriné, désolé, ne peut dormir. Le lendemain, il va auprès de sa fille :
- Allons, ma fille !
Elle fait son paquet, va au champ et trouve le chien. Elle embrasse son père. Ils s'en vont. Elle aperçoit une prairie garnie de chevaux.
- À qui donc ces chevaux?
- À toi, la belle.
- Hé! Mon chien, pas tant de bonheur m'arrivera.
- Si, la belle.

Plus loin, elle aperçoit des bœufs dans une prairie.
- À qui donc ces bœufs?
- À toi, la belle.
- Hé! Mon chien, pas tant de bonheur m'arrivera.
- Si, la belle.

Plus loin, elle aperçoit un pain (1) de moutons.
- À qui donc ces moutons?
- À toi, la belle.
- Hé! Mon chien, pas tant de bonheur m'arrivera.
- Si, la belle.

Ils arrivent à un château.
- À qui est ce château ?
- À toi, la belle! ...
- Hé ! Mon chien, pas tant de bonheur m'arrivera.
- Si, la belle.

Le chien reste à la porte. Elle entre sur une petite planche pour passer. Au soleil couchant, il s'approche pour passer, entre et le voilà en prince. (Il n'avait pas le droit d'entrer avant soleil couché). Il était prince de nuit et chien de jour.

Ils prennent un bon dîner. La fille est un peu rassurée. Ils passent une bonne nuit. Le matin, à soleil levant, le prince s'en va vers la porte et se tourne en chien. Puis il sort, va retrouver le père de la fille, donne des nouvelles et en rapporte.

La fille, cependant est ennuyée. Arrive le soir : « Mon chien reviendra-t-il? » Elle le voit arriver à soleil baissant, il entre en prince, à soleil couché. « Le lendemain, repartira-t-il? » Oui, le matin, à soleil levant, le prince s'en va vers la porte et se tourne en chien. Puis il sort, va retrouver le père de la fille, donne des nouvelles et en rapporte.

Dans le jour, arrive une bonne vieille:
- Ma belle, que faites-vous? Vous êtes bien chagrinée?
- J'ai mon mari qui est prince et chien.
- Eh bien ! Venez dans cette chambre.
Il y avait une table avec un tiroir.
- Tirez ce tiroir quand il sera rentré en prince, et il restera prince.
Mais elle, curieuse, impatiente, tire le tiroir avant qu'il soit rentré. Il s'y trouve un gros serpent. Le tiroir tombe d'émotion (2) sur le serpent et le tue. Le soir arrive: pas de chien ! Et elle se trouve sans provisions, n'a plus rien.
- Je suis perdue d'avoir désobéi !

Le lendemain, la vieille revient:
- Vous avez désobéi. Eh bien ! à cette heure, le prince est en train de se marier avec une princesse. Voici pour le rejoindre, - mais obéissez ! - voici une noisette, une noix, un œuf à casser successivement.
Dans la noisette, il y a un habit. On vous demandera à l'acheter. Vous direz: « Non, il est à gagner: coucher avec le prince ». La deuxième nuit, il y aura un habit encore plus beau dans la noix que la princesse voudra aussi avoir.
Il faudra marcher sur des pointes de verre et de fer; des bêtes derrière vous, diront: «Petit morceau de viande fraîche, si je te prends, je t'avale tout cru ! » Les pieds tout en sang, vous demanderez si on n'a pas vu passer un chien barré (bariolé) de rouge, de noir et de blanc.

Elle part, marche sur des pointes de verre et de fer; des bêtes derrière elle disent :
- Petit morceau de viande fraîche, si je te prends, je t'avale tout cru !
Les pieds tout en sang, elle arrive près d'un gamin:
- As-tu vu un chien barré de rouge, de noir et de blanc?
- Oui, il est entré au château.
Comment y entrer? Elle se présente comme lingère, casse, le soir, sa noisette: il en sort un bel habit. La princesse l'apprend, en prend envie:
- Maman, quel bel habit a la lingère!
Elle ne veut pas le vendre. La princesse permet à la jeune femme de coucher avec le prince.

On donne au prince une fiole d'eau à dormir. Les domestiques entendaient la lingère dire ce qui s'était passé mais lui n'entendait pas. Le lendemain, le prince va à la chasse. Un valet lui raconte ce qu'il a entendu la nuit.
- Vous étiez en prince et en chien!

Il revient, intrigué. Elle avait cassé la noix. En sort un habit encore plus beau que le premier.
- Ar lingèe (3), vous coucherez auprès du prince.
On donne au prince une fiole d'eau à dormir. Au lieu de boire, il fait couler l'eau, il fait semblant de dormir. Elle lui raconte son histoire.

La noce devait se faire deux jours après. Le jour venu, à déjeuner, on dit:
- Il faudra que chacun dise une histoire. À vous prince, l'honneur!
- Ce que j'ai à vous dire, c'est ceci: j'avais perdu la clef de mon tiroir. Perdue, j'en ai commandé une neuve, puis j'ai retrouvé la vieille. Faut-il en faire faire une neuve?
- Non ... il faut garder l'ancienne.
- Eh bien! Je suis marié: voilà ma femme.

Elle a cassé l'œuf; il y avait dedans un plus bel habit, un carrosse allant sur terre et sur mer et ils sont retournés dans leur château.

(1)    Désigne la forme compacte du troupeau.
(2)    D'émotion, elle laisse tomber le tiroir.
(3)     La lingère.

Recueilli à l'hôpital de Nevers en 1892 auprès de Lazare Bonnot, né à Montigny-en-Morvan, en 1836.
S. t. Ms 55/1, Cahier Hôpital Nevers, p. 15-16 (début) et 9-10.
Dans cette version (n° 40) du conte-type 425 B qui a été résumée par P. Delarue, CNM, p. 275, l'époux surnaturel est un chien. Cette version est caractérisée par un grand naturel des dialogues et une bonne maîtrise narrative.
Lors de son passage à l'hôpital de Nevers, Millien a recueilli deux contes de la bouche de Lazare Bonnot qui, si l'on en juge par cette version, devait être un conteur talentueux.

 

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